Bam in VICELANDs Epicly Later'd.

Comment Bam Margera est parvenu à vaincre sa boulimie et son alcoolisme

« Une fois, j’ai mangé une pizza surgelée. J’avais tellement faim que je ne l'ai même pas cuite. Je l’ai juste bouffée froide. »

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oct. 18 2017, 9:01am

Bam in VICELANDs Epicly Later'd.

Bam Margera est passé de prodige du skate à tête d'affiche d'une émission de télé-réalité, star de Jackass ou d'un groupe de rock. Mais en 2003, alors qu'il avait réussi à avoir son propre show sur MTV, Viva La Bam, l'ascension fulgurante de Margera était déjà devenue une sorte de lente descente aux enfers, loin du skateboard.

Bam Margera a traversé de nombreuses épreuves, souvent au grand jour, comme la mort en 2011 de son meilleur ami Ryan Dunn dans un accident de voiture. Chose moins connue, en parallèle aux soirées mouvementées, il se battait aussi contre des troubles de l'alimentation et un alcoolisme prononcé.

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Quand VICELAND a chroniqué le retour de Margera sur une planche dans Epicly Later'd, il est clairement apparu que ses démons avaient joué un rôle majeur dans les hauts et les bas qu'il avait vécu au niveau de sa santé, de ses relations et même de sa capacité à faire du skate.

Pendant un certain temps, la vie paraissait assez sombre pour Bam qui a passé des années à pleurer le décès de Dunn seul dans sa cave avec comme seul moyen de subsistance un régime à base de vodka et de Gatorade goût framboise/raisin.

Heureusement, l'histoire de Bam ne se finit pas de manière aussi tragique que celle de son meilleur pote ou des musiciens qu'il admire. On est donc allé lui parler de ses combats avec la bouffe et l'alcool, ainsi que des pouvoirs géniaux de la ginger ale.

Photos de Nikki Margera.

MUNCHIES : Salut Bam, comment ça va ?
Bam Margera : Tranquille. Je me prépare pour ma fête d'anniversaire. Ça devait être une surprise mais je suis au courant, donc là je suis dans ma maison en Pennsylvanie, je range en attendant que ça commence.

Dans Epicly Later'd, tu racontes avoir vécu sur un régime liquide quasi exclusivement composé d'alcool. C'est quoi ton régime quotidien aujourd'hui ?
Ces derniers temps, ça va beaucoup mieux. J'ai arrêté l'alcool. Aujourd'hui, j'ai mangé trois petits tacos avec du poulet, du guacamole et de la sauce. C'était pas mauvais. J'ai aussi pris un peu d'eau de seltzer – c'est tout.

Qu'est-ce que tu consommais quotidiennement quand tu étais dans le dur ?
Quand j'étais au fond du trou, je me levais généralement vers 11 heures et je commençais immédiatement à boire de la vodka et du Gatorade violet. À la fin de la nuit, j'avais bu environ 10 pintes de ce mélange. J'étais vraiment mal en point. C'était bizarre, parce qu'il y avait des moments où je pouvais me lancer dans des marathons d'alcool de trois jours, je m'arrêtais d'en boire pendant cinq jours, puis je me remettais une douille pendant deux jours.

Je n'avais même pas envie de faire du skate parce qu'en étant aussi gros, même si je faisais un trick cool, avec mes 105 kg, j'allais juste ressembler à une grosse boulette de viande en sueur.

Est-ce que tu avais un alcool de prédilection ?
Pas vraiment. Ça pouvait être au vin rouge, à la vodka, à la bière ou au whisky-coca. Je n'ai pas d'alcool préféré. J'aime juste le fait d'être saoul. Je ne me suis jamais dit que j'adorais la bière, tu vois le genre ?

Qu'est-ce que tu mangeais pendant cette période ?
C'était plus ou moins le pire régime qui puisse exister. C'était les calories de l'alcool toute la journée et, à la fin de la nuit, quand j'étais sur le point de tomber dans les pommes, j'ouvrais mon frigo et je bouffais tout ce que j'y trouvais. Une fois, j'ai mangé une pizza surgelée. J'avais tellement faim que je ne l'ai même pas cuite. Je l'ai juste mangée encore congelée. Je me suis réveillé le lendemain matin et j'ai regretté. Parce que toutes les calories de la pizza et du fromage ont évidemment bon goût. Mais là, j'avais juste bouffé un bloc de froid.

Est-ce que bien manger t'as aidé à remonter sur un skate ?
Ouais. C'est quelque chose que je n'aime vraiment pas aborder mais je vais le faire quand même. À cette époque, je ne faisais pas attention à mon poids. Je n'avais pas mis les pieds sur une balance depuis un an et, un jour, je l'ai fait. J'ai vu que je pesais 105 kg. J'ai cru qu'elle était pétée. C'est là que j'ai décidé de partir en Estonie et de faire du vélo, de la rando et d'autres trucs. Je n'avais même pas envie de faire du skate parce qu'en étant aussi gros, même si je faisais un trick cool, avec mes 105 kg, j'allais juste ressembler à une grosse boulette de viande en sueur.

Quand est-ce que tu t'es remis sérieusement à faire du skate ?
À la fin, je suis redescendu à 90 kg et je suis allé à Barcelone pour filmer un truc avec Thomas Winkle. J'ai essayé de faire quelques tricks mais Winkle a oublié de mettre dans mon sac le disque dur avec ceux qu'il a filmés en Espagne, donc là, j'attends qu'il me l'envoie par FedEx. J'espère que ça arrivera vite.

Comment t'es-tu retrouvé à Barcelone ?
Remonter sur un skate a été super frustrant. Je me suis dit qu'en Europe, les gens ne me reconnaîtraient pas autant qu'ici : c'était la partie la plus difficile pour moi. Je voulais faire du skate, mais je ne voulais pas que les fans me voient être aussi nul. Je voulais juste en faire avec mes potes, mais j'étais intimidé par les pros. Donc ça a été difficile de trouver une solution. Être à Barcelone m'a aidé.

Barcelone n'est pas la ville la plus simple quand on a un problème avec l'alcool.
Je pouvais arrêter de boire pendant une semaine ou dix jours, juste en faisant du skate, et puis il y avait toujours ce dixième jour où je me disais « Tu es en Espagne et tu as envie d'un putain de verre de vin rouge ». Le vin, c'est le seul truc dont j'avais vraiment envie là-bas. Je me faisais deux-trois verres, pas plus. J'en avais marre de faire des « black-out » et de ne pas me rappeler pourquoi j'étais devant tel bar en train de pisser sur la porte. Je sais que ces conneries à la Jackass sont marrantes mais à 38 ans, on doit réaliser qu'on n'est plus un collégien.

On n'entend pas souvent parler de la boulimie d'un point de vue masculin. Est-ce que tu as des conseils à donner aux jeunes qui voient émerger ce schéma un peu dangereux qui consiste à consommer énormément puis à rendre ?
Pendant le Steve-O Tour et on devait faire un truc qui s'appelle « Tequila Stuntman » (Le cascadeur tequila). On sniffe une ligne de sel, on presse un citron vert au-dessus de son œil, on prend un shot de tequila et on vomit tout. On était à chaque fois devant 5 000 personnes et je devais apprendre à vomir sur commande. Une fois que j'ai compris le truc, c'était terminé. À chaque fois que je sentais que j'avais trop mangé ou trop bu, j'avais juste à vomir instantanément sur commande sans même avoir besoin de me mettre un doigt au fond de la gorge. Si c'était du pain, je ne pouvais pas le faire, mais des spaghettis, ça passait crème. Les spaghetti, c'est vraiment super simple à vomir sur commande. Les pizzas et le Subway, c'est plus compliqué.

Ta mère a dit que les racines de ton trouble alimentaire pouvaient venir du fait de voir ton père et ton oncle se battre avec des problèmes de poids.
Les gens sur Internet disaient souvent : « Quand Bam sera vieux, il sera aussi gros que son père ». Je n'ai jamais cru à la génétique, qu'être gros était dans mes gènes. Phil mange des hoagies (sandwichs) et des cheesesteaks (sandwichs) tous les jours. C'est pour ça qu'il est aussi fat. Si je ne mange que de la salade, je ne vais pas devenir aussi gros que Phil juste parce que c'est dans mes gènes ! C'est un truc qui m'énerve. Je crois que la raison pour laquelle j'ai commencé à vomir c'est parce que j'ai appris à le faire et que, à la fin de la nuit, j'avais toujours la sensation d'avoir trop bu. Quand je suis saoul, je vais bâfrer des spaghetti. Je mangeais, puis je vomissais et c'était genre, je suis repu. Mais c'est surtout l'alcool qui me faisait croire ça.

Dans Epicly Later'd, on dirait parfois que le fait de vouloir devenir une rock star a entraîné la consommation d'alcool.
Quand je me faisais mal en skatant, au lieu de m'asseoir et d'attendre que le truc guérisse, je décidais de boire quelques verres. Ensuite, quand j'ai fait cette tournée, j'étais dans le bus avec tous les rockers. L'alcool va de pair avec le rock 'n' roll parce qu'on peut chanter, jouer de la guitare ou de la batterie quand on est saoul. Par contre, vous ne pouvez pas le faire avec le skateboard. J'ai fini par tomber dans ce cycle de l'enfer. Tu te lèves, tu te sens merdique, mais tu sais que si tu prends un shot de Jack Daniel's, instantanément, ça va aller mieux. Sur le long terme, c'est une descente aux enfers.

On dirait aussi que tu n'as pas trop envie de finir comme une de ces vieilles rock stars.
Les gens que j'admirais quand j'étais enfant, en plus de Tony Hawk ou de Danny Way, sont des rock stars bien tapées comme Andy McCoy. En plus, je m'aimais vraiment quand j'étais saoul. Ce à quoi je ressemblais. Maintenant que je suis plus vieux, ce n'est plus aussi cool. Quand on voit Motley Crüe à leur apogée, quand ils ont la vingtaine avec les filles dans la limousine et du Jack Daniel's, c'est chanmé. Qui ne se dit pas, « j'ai envie d'être dans une limousine » ? S'ils avaient fait ça à 50 ans, ça aurait été pathétique et triste. Il faut grandir à un moment. Nikki Sixx est toujours une rock star et il n'a pas bu un verre depuis des années.

Screen grab from Epicly Later'd.

Est-ce que tu regrettes d'avoir trop fait la fête ?
Beaucoup de gens disent, « Je ne regrette rien. J'aurais fait la même chose ». Nan. Je pense que j'ai bu tous les jours pendant trois ans d'affilée et que j'ai gâché beaucoup de temps. J'aurais probablement été un meilleur skateboarder aujourd'hui si je n'avais pas fait ce que j'ai fait. J'ai passé un an à réapprendre tous les tricks au lieu d'en faire de nouveaux.

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Et ça marche comment la sobriété ?
Ça va plutôt bien. Brandon Novak [ancien participant de Viva la Bam et skateboarder] est sobre depuis trois ans, ce qui aide. Je suis allé faire des prises de sang et le docteur m'a dit que j'avais un taux de sérotonine et de vitamine D vraiment très bas. Que je faisais de l'insomnie. Maintenant, je prends des médicaments qui suppriment l'envie d'alcool. J'avais peur d'essayer au début, mais quand j'ai pris le cacheton et que je suis allé dans le bar, je ne savais pas quoi commander. Je ne voulais pas de vin, de bière, de champagne, de whisky ou de vodka. Juste une putain de ginger ale. Putain mais filez-moi une ginger ale.

Bon anniversaire Bam !
Merci mec.