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La mafia russe a financé le restau de mes parents – et ça a mal tourné

Quand vous êtes le proprio d’un restau et que les affaires ne vont pas fort, vous êtes souvent désespéré et prêt à tout pour sortir de cette situation.

Anonymous

Bienvenue dans Cuisine Confessions, une rubrique qui infiltre le monde tumultueux de la restauration. Ici, on donne la parole à ceux qui ont des secrets à révéler ou qui veulent simplement nous dire la vérité, rien que la vérité sur ce qu'il se passe réellement dans les cuisines ou les arrière-cuisines des bars ou des restaurants. Dans cet épisode, on parle avec un propriétaire dont les parents ont eu affaire à la mafia russe.

Quand vous êtes le proprio d'un restau et que les affaires ne vont pas fort, vous êtes souvent désespéré et prêt à tout pour sortir de cette situation.

C'est ce qui est arrivé à un associé de ma famille. Mes parents avaient décidé de gérer un restaurant avec un mec un peu louche dans la vallée de San Fernando en Californie. Ils avaient partagé leurs parts 50/50 – et leurs responsabilités financières – parce que mes parents avaient divorcé. C'était assez flippant pour tous les gens concernés ; mon père recevait des avances en cache de sociétés privées qui demandaient ensuite des intérêts à hauteur de 30 %. On s'en sortait à peine.

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C'était pire pour l'associé de mes parents. Il avait déjà tiré sur la corde de son crédit auprès des banques et nous pensons que c'est une des raisons pour laquelle il s'est résolu à demander un prête à la mafia russe. Les choses n'ont fait qu'empirer après ça.

Tous les voyants étaient au rouge mais j'étais trop jeune pour faire le rapprochement dans ma tête à l'époque. Plus tard, quand j'ai ouvert mon propre restaurant, je me suis rendu compte que les gangs et le crime organisé ont encore une énorme influence sur le business – notamment à Los Angeles. Je me rappelle par exemple des gros bras à l'accent russe qui débarquaient au restau et demandaient à mes parents si leur associé était là – lui se cachait dans les cuisines et nous suppliait d'aller dire aux mecs menaçants qu'il n'était pas là. Parfois, les Russes venaient plusieurs fois par semaine, mais l'associé n'a jamais voulu se confronter à eux.

Après cet épisode, les événements étranges se sont multipliés dans le restau. Le premier, c'est quand quelqu'un y est rentré sans laisser de traces d'effraction. Le deuxième, c'est d'avoir réussi à accéder au coffre-fort du resto pourtant situé dans un bureau barré et protégé par plusieurs sécurités. Peu après, c'est la maison de l'associé de mes parents qui était visitée et mise en pièces sans que rien n'ait été volé – comme s'ils voulaient simplement passer un message et lui flanquer la frousse.

J'ai envie de dire que le mec ne méritait pas ce qu'il était en train de vivre mais ce serait mentir. C'était un très mauvais gestionnaire et il traitait ses employés comme de la merde. Je crois que ce qui lui arrivait, c'était une revanche de la vie.

Je ne sais pas si l'univers profitait de ce mauvais karma pour s'amuser avec nous mais de plus en plus de clients violents se pointaient au restaurant. C'est le cas – mémorable – d'un motard russe (probablement membre d'un gang) qui s'était accoudé au zinc et qui avait passé la journée à commander tournée sur tournée de shots de tequila Patrón. Quand la note de 300 dollars (environ 270 euros) est arrivée, il a refusé de la payer, sorti un canif et planter la lame sur le bar avec l'addition. Personne n'a été blessé mais ce genre de choses n'arrivait jamais avant.

Pendant ce temps-là, les Russes continuaient de passer au restau de mes parents à la recherche de l'associé. On était dans la vallée de San Fernando, pas l'endroit le plus « fancy » de Los Angeles. On y trouve aussi bien des immigrés russes que des gangs mexicains, des vendeurs de rue et des célébrités qui ne peuvent pas se payer une maison à Beverly Hills.

À une époque, Dr Dre était même un client régulier du restau. Son studio d'enregistrement était à quelques rues de là – enfin ça, c'était jusqu'à ce que l'associé ne lui fasse peur avec sa house. Petit conseil pour les autres proprios de L.A. : votre restaurant ou votre bar n'a vraiment pas besoin de ressembler à une boîte de nuit pour marcher.

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J'ai envie de dire que le mec ne méritait pas ce qu'il était en train de vivre mais ce serait mentir. C'était un très mauvais gestionnaire et il traitait ses employés comme de la merde. Je crois que ce qui lui arrivait, c'était une revanche de la vie. Le truc ironique en plus, c'est que le restau recevait des bonnes critiques : le  L.A. Times, un papier de Jonathan Gold dans  L.A. Weekly. La bouffe était bonne. Mais ce n'est parfois pas suffisant.

Finalement, les armoires à glace ont arrêté de se pointer et on a découvert que le pauvre gars avait dû demander de la thune à ses parents pour pouvoir les rembourser. Je pense que ses dettes se chiffraient entre 50 000 et 100 000 dollars. À la surprise d'à peu près personne, le modèle économique du restau s'est avéré mauvais et nous avons fait faillite. Mais pas avant d'avoir été fermé administrativement par le shérif du coin, probablement parce que le restaurant était le lieu de rendez-vous du crime organisé et qu'il avait été cambriolé à plusieurs reprises (en plus d'impôts impayés).

On n'a plus jamais entendu parler de l'associé. Et aujourd'hui, le restaurant est un salon de thé russe. Allez comprendre.

Propos rapportés par Javier Cabral