Scène de crime culinaire : une chaîne espagnole épinglée pour avoir appelé ses restaus « La Mafia »

L’Union Européenne a tranché en faveur des Italiens et demandé à la franchise de retirer toutes les références à l’organisation criminelle.

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oct. 21 2016, 4:15pm

C'était devenu un léger point de frictions entre l'Espagne et l'Italie. Une sorte d'épine ibérique dans le pied de la Botte. Ce micro incident diplomatique débute en 2014, quand un député du Parti démocrate demande à la commission antimafia du Parlement européen de déposer une protestation officielle. En cause ? La Mafia se sienta a la mesa (qu'on peut traduire par La Mafia se met à table), une chaîne de restaurant qui sert de la cuisine italienne dans un décor aux couleurs de la Cosa Nostra.

Au départ, il y a un peu de mauvais goût et probablement un mec qui aime bien le Parrain. Sauf qu'en Italie, nommer des plats en hommage aux mafiosi célèbres, ça ne fait rigoler personne. « Vous imaginez si on avait ouvert une chaîne de restaurants dédiée aux terroristes de l'ETA », s'interroge le journaliste de La Repubblica Attilio Bolzoni dans un reportage en 2014.

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La chaîne de restaus devient rapidement le cheval de bataille de la présidente de la commission parlementaire antimafia Rosy Bindi qui saisit l'Union européenne et demande la suppression de toutes références à l'organisation criminelle. Il aura fallu attendre deux ans après un premier refus de l'U.E. pour que le recours italien soit entendu rapporte le quotidien italien jeudi 20 octobre. La chaîne va devoir changer le nom « contraire aux principes de la moralité » de ses franchises qui s'étendent des Pays Basques à Gibraltar en passant les Pyrénées et l'Andalousie.

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Dans les reproches formulés par Bindi, on pouvait lire : « l'ajout du terme 'Mafia' manipule l'image extrêmement positive de la cuisine italienne. L'expression 'se mettre à table' accolée au nom de l'organisation criminelle la plus dangereuse qui n'ait jamais existé lui donne un caractère bénin. » Et la présidente de rappeler : « les organisations de types mafieuses sont une menace permanente pour toute l'Union européenne. Elles ne sont pas actives qu'en Italie mais aussi dans d'autres États membres comme l'Espagne qui est un de leurs pays préférés. »

Vu l'impact de la Mafia sur la culture populaire, il n'est pas étonnant d'en retrouver des traces en gastronomie. S'il est impossible de vérifier le menu de toutes les pizzerias en quête d'une calzone Lucky Luciano, de nombreux commerçants n'ont pas hésité à l'utiliser comme marque pour vendre des produits ; limoncello Don Corleone ou cigares Al Capone comme le relève le site Dissapore. En 2013, l'Italie s'était aussi bien pris la tête avec un panino viennois baptisé Giovanni Falcone, le juge antimafia assassiné à Capaci.

Comment a réagi La Mafia, dont le siège social se situe cette fois à Saragosse ? Mal et en faisant appel. Cités par La Repubblica, les Espagnols contestent la décision des autorités européennes et jugent que l'avis de l'ambassadeur italien ne devrait pas être pris en compte car les restaurants s'adressent à une clientèle moins susceptible de s'offusquer : « le consommateur ciblé est un membre d'une famille espagnole lambda qui voudrait simplement aller manger dans un restaurant italien. »

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Avec plus de 400 salariés, la chaîne, qui vient d'ouvrir trois nouvelles enseignes à Grenade, Santa Cruz de Tenerife et Las Palmas, ne connaît pas vraiment la crise. « La Mafia crée de l'emploi » se targuait-elle. Ça, c'était avant que les Italiens s'émeuvent de voir des menus enfants à 8,50 euros baptisés Los Piccolinos de la Mafia. Il va donc falloir passer un petit coup de peinture sur les devantures et enlever les portraits de Calogero Vizzini ou Giuseppe Genco Russo.

Aujourd'hui, un premier pas a été fait dans le sens des Italiens qui aimeraient probablement qu'on arrête de penser que leur pays n'est fait que de spaghetti et de mafiosi. En France, on n'a pas encore jusque-là. Peut-être parce que nos organisations criminelles ont préféré prendre le nom des rades qu'elles fréquentaient, comme le gang de la Brise de mer.