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Cuisine thérapie : la chef qui veut vous faire ravaler vos larmes

Claire Phelan organise des dîners secrets dans lesquels chaque ingrédient est sélectionné en fonction de ses valeurs thérapeutiques. Le bon plan pour lutter contre le stress, l'anxiété ou la dépression.

Christine Colby

Christine Colby

Photos courtesy of Claire Phelan.

Je me suis récemment retrouvée à table avec sept inconnus, autour d'un dîner en cinq services. L'adresse exacte du lieu, situé dans le quartier de Greenpoint à Brooklyn, avait été tenue secrète jusqu'à l'achat du ticket. L'événement avait pour thème « Eat Your Grief » – littéralement « Mange ta peine », qu'on pourrait traduire plus poétiquement par « Ravale tes larmes ». Pour l'occasion, chaque ingrédient avait été choisi par le traiteur Claire Phelan en fonction de ses vertus thérapeutiques, qu'il s'agisse de soulager l'anxiété, la dépression et l'inquiétude chronique ou d'améliorer l'humeur.

L'herboriste professionnelle Ray Edwards nous accompagnait lors de ce dîner. Elle nous a expliqué en quoi chaque ingrédient était aussi une nourriture pour notre esprit. Avant de rentrer chez nous, elle nous a aussi offert à chacun un sachet de thé conçu pour apaiser la tristesse et le stress.

Claire a fait du bon boulot. Je l'ai prévenue seulement à la dernière minute de mon végétarisme mais cela ne l'a pas empêchée de me proposer des alternatives pour les plats avec de la viande ou des bouillons de viande. Grâce à elle, je n'ai pas été mise de côté et j'ai pu participer à l'expérience.

Toutes les photos sont de Claire Phelan.
Eat Your Grief

J'ai revu Claire après son déménagement à Philadelphie – où elle prévoit d'organiser d'autres événements de ce genre. Le prochain aura d'ailleurs lieu le 9 juin.

MUNCHIES : Salut Claire. Comment tu as commencé à cuisiner ? Claire Phelan : J'ai passé l'essentiel de ma vie à rassembler des gens autour d'une table pour manger. Dans ma famille, on mangeait tous les soirs ensemble. J'ai embarqué cette tradition avec moi quand je suis partie à Bard faire mes études : j'y organisais souvent de grands repas communs.

Actuellement je gagne surtout ma vie en donnant des cours de cuisine et en faisant du « catering » pour des événements. J'ai commencé à cuisiner professionnellement pour des dîners pop-ups. Le premier que j'ai fait (un dîner en cinq services avec des produits de saison dans une galerie d'art de Brooklyn), c'était pour le fun. Mais quand j'ai vu la réaction des gens et l'enthousiasme que cela a créé, j'ai décidé de me lancer là-dedans.

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Qu'est-ce que tu préfères dans le fait de rassembler des inconnus ensemble le temps d'un repas ? « Être autour d'une table », c'était un moment privilégié où les gens pouvaient évoquer les épreuves qu'ils traversaient, qu'il s'agisse de bonnes ou de mauvaises choses. Mais notre société actuelle a plus ou moins perdu cette habitude. J'essaye donc de réintégrer cette notion de communauté. Cela peut se faire par des expériences intimistes partagées autour de la nourriture ou en introduisant des idées nouvelles pour nourrir la curiosité des gens et aussi en encourageant le dialogue.

J'ai réalisé que mes invités prennent en général une place pour mes dîners parce qu'ils sont intéressés par ce qu'il y a dans l'assiette, mais ils repartent en parlant des gens qu'ils ont rencontrés – c'est vraiment ce que je voulais !

Ce n'est pas trop dur de devoir cuisiner dans des petits espaces/appartements/endroits toujours différents ? On s'y habitue, et puis j'aime les challenges et l'adrénaline qui monte avant de découvrir chaque nouvel endroit.

Comment est venue l'idée de Eat Your Grief ? J'ai reçu en cadeau le livre Food & Life, le goût et la vie co-écrit par le chef Joël Robuchon et l'acuponcteur et neuropharmacienne Nadia Volf. Cette lecture m'a fait réfléchir à l'importance de la nourriture pour soulager les soucis psychiques : l'anxiété, le stress ou la dépression. J'étais déjà sensible à l'aspect holistique de la santé, je m'intéressais aux maladies mentales et j'essayais de cuisiner sainement, mais il ne m'était jamais venu à l'esprit que des aliments en particulier pouvaient influencer notre humeur. En me basant sur les conseils trouvés dans ce livre, j'ai fait mes propres recherches, j'ai lu beaucoup d'articles scientifiques… Et puis, j'ai présenté l'idée sur Facebook et tout le monde a trouvé ça génial. Donc j'ai commencé à mettre au point le menu du premier dîner. C'est ensuite que j'ai connu Ray Edwards. On s'est arrangée ensemble pour qu'elle puisse assister au dîner et apporter son expertise à la discussion.

Est-ce que tu peux nous présenter un plat en particulier de Eat Your Grief ? Je vais refaire la salade de saumon fumé pour le prochain dîner. Le poisson stimule l'activité cérébrale. L'ananas est intéressant pour le tryptophane, un acide aminé que le corps utilise pour produire de la sérotonine. Les poivrons sont pleins de dopamine, le curcuma aide à produire de nouvelles cellules cérébrales et le poivre noir combat la dépression.

Est-ce que tu pourrais nous révéler où aura lieu le prochain dîner Eat Your Grief ? Non. Je peux seulement dire que je cherche un endroit accueillant et intimiste. Il faut que les invités se sentent à l'aise pour discuter confortablement. L'endroit conditionne l'expérience.

Tu prépares des dîners sur d'autres thèmes en ce moment ? J'ai plusieurs autres idées oui. En ce moment je développe une série de dîners « Last Suppers », « les Derniers Repas ». Les menus et les lieux rappelleront des dîners historiques plus ou moins célèbres – celui du Titanic par exemple, ou bien celui qu'ont pu déguster les Girondins (les révolutionnaires français) avant leur exécution.

En quoi ton déménagement à Philadelphie a modifié ton activité ? Ce qui me manque le plus de New-York, c'est tout mon réseau de contacts. Je suis impatiente de créer la même chose à Philly pour pouvoir continuer à organiser des événements marrants et intéressants. J'encourage tous ceux qui pourraient être intéressés : des experts, des clubs, des managers, des artistes ou d'autres créatifs à me contacter s'ils veulent collaborer avec moi !

Merci pour cette discussion, Claire.