Dans le camion de Cardiff qui accueille la cuisine des réfugiés

« On utilise la nourriture comme un pont qui unit plutôt que comme un facteur de division. C’est l'histoire de la ville et celle du monde. »

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sept. 14 2018, 3:30pm

« Je n’avais nulle part où aller. J’ai perdu ma famille pendant la guerre et j’ai dû fuir mon pays pour me mettre en sécurité. Ma vie à Kukës, dans le nord de l’Albanie, était horrible, mais aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir finalement trouvé un endroit où je me sens chez moi. »

Voilà l'histoire de Badina, une réfugiée albanaise vivant à Cardiff. C'est elle qui me raconte comment l’association locale Oasis Cardiff aide les réfugiés et les demandeurs d’asile dans la capitale galloise. Leur dernier projet en date ? Le Refugee Food Stories, un food-truck géré conjointement avec l’entreprise de restauration éthique Lia’s Kitchen, dont l’équipe est composée de volontaires et de réfugiés. Et Badina en fait partie.

En juin dernier, le camion s'était garé dans l'enceinte du festival international des arts et de la musique de Cardiff, le Festival of Voice, dont c'était la deuxième édition. Le food-truck permet aux réfugiés de s’intégrer à la communauté et d’apprendre de nouvelles compétences professionnelles.

Le food-truck en question.

« Ça fait deux ans que je travaille à l’Oasis Cardiff et c’est quand je suis en cuisine que je me sens le plus en sécurité », explique Badina. « Mon boulot, c’est de montrer au reste de l’équipe comment cuisiner, dresser les plats, et travailler avec Lia [Moutselou, fondatrice de Lia’s Kitchen] sur la gestion des portions. »

« Pouvoir cuisiner et faire découvrir la nourriture de mon pays de naissance signifie beaucoup pour moi. C’est plus qu’une simple tarte. C’est un symbole du chemin parcouru. »

Si le festival est récent, l’Oasis Cardiff est bien implanté dans le paysage de Cardiff. Cela fait plus de dix ans que Reynette Roberts, ancienne infirmière, a fondé ce projet. Elle a commencé en donnant bénévolement des cours de couture et de cuisine en ville. Puis, voulant aller plus loin dans le soutien aux réfugiés vivant à Cardiff, elle a décidé de monter l'association.

« L’idée est née du constat que la nourriture est ce qui nous rassemble et nous rapproche. Oasis Cardiff propose chaque semaine des cours de cuisine, des ateliers de travaux manuels, des cours de langue, mais c’est la cuisine qui est, bien souvent, au cœur de nos activités », décrit Roberts. « Aujourd’hui, nous servons 100 repas par jour dans notre centre de Splott [quartier de Cardiff], et nous accueillons des personnes venant d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, du Soudan, du Mali ou du Congo. »

Reynette prend les commandes.

En juin, je me suis rendue aux portes ouvertes du Festival of Voice, qui fait la part belle à la musique galloise et programme des artistes comme Gruff Rhys ou Patti Smith, pour jeter un oeil au food-truck. Le camion était garé au niveau du principal point de rencontre du festival. Le menu du jour, écrit sur un tableau noir, proposait des plats influencés par les nombreuses nationalités qui composent l’équipe de réfugiés et volontaires en cuisine.

De Soon Yeon venait l'idée des rouleaux de sushis coréens quand Hudah fournissait elle la recette des boulettes de viande à la soudanaise. Badina contribuait au menu avec une tarte aux oignons caramélisés, un plat traditionnel albanais. « Un truc tout simple comme travailler une pâte feuilletée ou faire revenir les oignons me fait me sentir de nouveau ‘normale’ », confie-t-elle.

Elle poursuit : « Pouvoir cuisiner et faire découvrir la nourriture de mon pays de naissance signifie beaucoup pour moi. J’ai appris la recette de cette tarte dans ma famille, mais c’est plus qu’une simple tarte. C’est le symbole du chemin parcouru, de la force que j'ai su conserver et qui me pousse à aller de l’avant, à dépasser toutes les mauvaises choses que j’ai pu voir dans ma vie. »

La tarte aux oignons caramélisés de Badina.

Moutselou, cheffe autodidacte et fondatrice de Lia’s Kitchen, a pensé le menu du food-truck en accord avec les réfugiés et les volontaires d’Oasis Cardiff.

« J’ai passé énormément de temps à travailler en étroite collaboration avec les réfugiés, à noter les recettes, en les modifiant au fil du temps », me raconte-t-elle. « On utilise la nourriture comme un pont qui unit, plutôt que comme un facteur de division. C’est une histoire de Cardiff et c’est une histoire du monde, qui reflète notre communauté et notre société. »

Le camion de Refugee Food Stories n’est pas le premier gros projet collaboratif sur lequel a travaillé l’Oasis Cardiff. L’association a aidé à mettre en place des expositions artistiques et des événements en lien avec la nourriture pendant le Refugee Week qui célèbre, à un niveau national, la contribution des réfugiés au Royaume-Uni.

L'équipe du food-truck.

Roberts et Moutselou espèrent que leur travail au Festival of Voice permettra de construire des liens similaires entre les réfugiés avec lesquelles ils travaillent et la communauté locale de Cardiff. En plus de vendre de la nourriture, ils donnent des cours de langues, ce qui permet aux réfugiés de rencontrer de nouvelles personnes et de partager des mots de leur langue natale.

« On aide les gens à assimiler la culture britannique. J’ai assisté depuis à quatre cérémonies de naturalisation. À chaque fois, cela me remplit de joie. »

Moutselou explique : « Essaye de t’imaginer à la place d’un réfugié ou d’un demandeur d’asile. Tu n’as pas le droit de travailler, tu ne sais pas si tu peux ou non rester dans ce pays, tu laisses d’autres personnes décider ton avenir à ta place… C’est vraiment une situation difficile à vivre. »

Et les réfugiés impliqués dans Oasis Cardiff ne sont pas les seuls à tirer un bénéfice du fait de cuisiner et de s’occuper des clients du food-truck. « À partir du moment où tu es volontaire chez nous, ou employé à plein temps, tu reçois vraiment beaucoup en retour. J’ai rencontré tellement de monde ces dix dernières années, depuis que j’ai créé cette association », sourit Roberts.

« On aide les gens à assimiler la culture britannique, ils apprennent de nouvelles compétences, trouvent du boulot et finissent par avoir la nationalité. J’ai assisté à quatre cérémonies de naturalisation et, à chaque fois, cela me remplit de joie. »


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES UK

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