Toutes les photos sont de Arnaud Deroudilhe

Le grand guide MUNCHIES des accords malbouffe

Quel vin choisir pour ses nuggets ? Que boire avec du surimi ? L'immangeable et l'imbuvable, enfin réunis.

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27 septembre 2017, 12:08pm

Toutes les photos sont de Arnaud Deroudilhe

Il faut bien se l'avouer, l'initiation au vin — et à l'alcool en général — ne se fait pas avec des grands crus mais plutôt avec des piquettes à trois balles. Forcément, quand on est ado, on n'a pas le même portefeuille qu'à 30 piges. Et on est loin d'avoir les mêmes intentions. Dans la fleur de l'âge, le rapport à la tise est le suivant : le plaisir un peu, l'ivresse beaucoup. Si l'idée, c'est de se la coller pour pas cher, quels autres choix que de se tourner vers le bas du rayon alcool au supermarché – plus connu sous le nom de « rayon des horreurs ». On ne va pas se mentir, les premières bouteilles qu'on s'envoie sont loin d'être les plus glorieuses : ça va du pinard blindé de soufre qui fait mal au crâne au mauvais bobo (pour Boring Bordeaux) élevé en fut de chêne en passant par une panoplie de liqueur aux couleurs criardes, en général bien plus chargées en composés chimiques qu'en alcool.

Mais ne paniquez pas, même sans goût et sans le sou, il existe une solution. Parce que moins plus moins, ça fait plus : on vous a préparé un guide d'accords qui vous servira dorénavant à accompagner la pire des mauvaises tises avec la meilleure des mauvaises bouffes. À la vôtre !

Tariquet sur saveur crabe

Le Tariquet, tout le monde en a déjà avalé. Rockstar des années 90-2000, il a fait son apparition dans tous les bistrots de France, au grand dam de nos petits foies. Tu as longtemps cru que le Tariquet, c'était un cépage (une variété de raisin) ou une appellation ou pire, un surnom pour désigner le vin blanc en général. Mais non, raté . Le domaine du Tariquet s'érige au début du siècle dernier, en 1921, en Gascgogne. La cinquième génération de vignerons qui glisse encore sur le pactole que représente cette success story produit en masse et vend à travers le monde entier une gamme de vins disons… sans couleur.

Notre accord bouffe et piquette : L'assemblage des cépages ugni blanc, colombard, sauvignon et gros manseng amène une pointe aigrelette qui s'affine ensuite sur l'amertume. Ce twist s'accorde sans peine avec du poisson « synthétisé » comme le surimi. Voire une soupe de nouilles chinoise saveur crabe – une pure merveille pour ton gosier.

Get 27 sur brownie Brossard

Le Get 27 c'est d'abord une vieille crème de menthe. Il faut remonter à la fin du XVIIIe siècle pour la voir apparaître en France. Son nom a été choisi en raison des 27 plantes qui la composent. Une recette gardée scellée, secrète, dans un coffre-fort en Suisse, entre sirop de sucre, alcool, huiles essentielles de menthe de différentes origines. Et sans oublier toute une série d'additifs alimentaires hyper toxiques (tels que E102 ou E1317) qui sont loin de la catégorie des plantes douces et salvatrices.

Notre accord bouffe et piquette : Une part de brownie Brossard à l'amidon modifié, accompagnée d'un shot de Get 27. Quand je pense au combo menthe et chocolat, ça m'inspire : on recherche ici l'effet délicieusement rafraîchissant de l'After Eight proposé par mamie à chaque fin de repas.

Rosé Pamplemousse sur Babybel

Cette boisson bien réelle allie jus de pamplemousse et rosé technologique avec brio. Pas besoin de remuer, hein : tout est déjà pré-mixé, filtré, édulcoré, vitaminé. Pour le rosé de la marque Fruits and Wine, seulement 7% d'alcool, parce que l'entreprise vise « un public plus jeune et plus féminin » – bien entendu, le contraire nous aurait étonnés…

Notre accord bouffe et piquette : un fromage que l'on voudra sans trop de goût ni de matière, pour ne point altérer les multiples saveurs de ce flacon d'été : du Babybel sur un pain de mie toasté, une texture élastique, une finale saline et une longueur écourtée. Enfantillages assurés.

Malibu sur pizza hawaïenne

Difficile d'oublier complètement sa première (et dernière) cuite au Malibu Coco… Pour ceux qui l'ont déjà expérimenté, rien que la vue de cette bouteille blanche et opaque peut refiler la nausée. Pourtant composé d'eau, de rhum blanc des Caraïbes, de sucre et d'arôme noix de coco, le Malibu n'a pas grand-chose à se reprocher – sinon que c'est purement infâme.

Notre accord bouffe et piquette : Notre cocktail de grande surface excellera en cuisine sucrée-salée. Comme un virtuose, il s'accordera admirablement bien avec une pizza à l'ananas, plus connue sous le nom de pizza hawaïenne.

Cidre Loïc Raison sur crêpe de rue

Il y a des cidres qu'on trouve sur les basses étagères des supérettes : des bouteilles en plastique à deux euros le litre aux pommes arrosées sans exception de pesticides systémiques, soufrées et broyées avec des mécaniques. De couleur pâle, avec un nez sans rusticité, on garde en mémoire sa fin de bouche très funky et métallisée, puis cette acidité électrique qui surplombe une lourdeur sucrée. D'une vraie complexité, pas vrai ?

Notre accord bouffe et piquette : Il faudra se rendre dans une rue animée de votre ville pour choper une crêpe de rue, bien caoutchouteuse et huileuse, garnie exclusivement de gruyère et de mozzarella, pour parfaire la paire crêpe salée/cidre brut qui fait l'unanimité depuis des siècles.

Mousseux sur Flanby au caramel

Le mousseux à six balles, c'est un feu d'artifice entre des bulles et de l'âpreté. C'est le truc qui accompagne tes apéros sous un soleil de plomb. Tu ne peux plus t'en passer puisqu'il fait l'affaire entre snobisme et ivresse. Issus des meilleures parcelles exposées plein nord, le contenu de cette bouteille, c'est des raisins mélangés, pressés par tonne. En bouche, c'est une bulle grossière et indigeste. On pourra couper au sirop de fraise pour couvrir ses saveurs extrêmes et déviantes, son acidité piquante, mais aussi pour rendre notre haleine… plus supportable.

Notre accord bouffe et piquette : Les bulles au dessert, c'est un péché mignon. En alliance, sans méfiance, avec le bas de gamme de supermarché quoi de mieux qu'un flasque flan industriel : on tire sur la languette, on laisse passer l'air, on admire sa texture gélifiée au caramel synthétisé, dont l'épaisseur sera allégée par quelques gorgées mousseuses.

Mouton Cadet sur nuggets de poulet

Bien mis en évidence au centre du rayon pinard, la bouteille et son étiquette te font de l'œil. Tu te dis, « Pourquoi pas ? »… puis avec l'expérience, tu te retiens. Peut-être parce que t'as capté que Mouton Cadet n'a rien à voir avec Le Petit-Mouton de Mouton Rothschild. Ici, on est sur une production de plus de 12 millions de bouteilles avec pas moins de 450 μg/kg de résidus de pesticides par flacon. C'est un vin à la robe rubis foncé, brillante, qui glisse dans ton gobelet ; un nez tranché entre la fraise et le copeau de bois ; une bouche trop jeune, sans grande expression aromatique. Ça retombe d'un coup et déjà, tu as oublié ce que tu étais en train de boire.

Notre accord bouffe et piquette : Comme pour un déjeuner dominical, où poulet rôti et joli merlot vous épanouissent la rate, on associera outrageusement la fausse gourmandise de ce Mouton Cadet avec une belle timbale de nuggets de poulet croustillants de muscles – mais aussi de cartilages, de nerfs, d'os et de graisse, le tout savamment broyé, recomposé. Avec un supplément sauce industrielle, s'il vous plaît, pour faire une overdose de sucrosité.


Texte : Lolita Sene. Photographie : Arnaud Deroudilhe. Conception/Style : Léo Bourdin
Merci à Petit Pan pour les cotons enduits et à Monoprix pour les remises sur la carte de fidélité.