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Cuisine Confessions

Pourquoi je ne couche qu'avec des barmans

Quand on bosse dans la restauration et qu'on est confronté aux clients, à l'alcool et aux horaires de merde, on développe forcément une forme de complicité avec ses collègues.

Anonymous

Photo by Flickr user Jorge Gonzalez.

Bienvenue dans Cuisine Confessions, une rubrique qui infiltre le monde tumultueux de la restauration. Ici, on donne la parole à ceux qui ont des secrets à révéler ou qui veulent simplement nous dire la vérité, rien que la vérité sur ce qu'il se passe réellement dans les cuisines et les arrière-salles des restaurants. Dans cet épisode, une serveuse raconte sa sexualité.

Bosser dans la restauration, c'est être confronté chaque seconde de votre taf à de l'alcool. Il y a de quoi picoler littéralement tout le temps autour de vous. Quand j'ai commencé à travailler derrière un bar, je buvais avec mes collègues jusqu'à 6 heures du matin chaque jour de la semaine.

On finissait généralement vers minuit, un peu crevé mais pas assez pour rentrer immédiatement pioncer – même si on avait des trucs méga importants à faire le lendemain. On était souvent en mode, « Allez, je vais juste m'amuser et boire un verre. » Et ce n'était jamais vraiment qu'un verre.

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D'ailleurs, je crois que personne dans l'histoire de l'humanité n'a jamais bu qu'un seul verre. Encore plus si cette personne bosse dans la restauration. On aime bien se retrouver entre serveurs parce qu'il y a un paquet de clients qui se comportent comme si c'était leur premier jour sur Terre et qu'ils ne pigeaient pas les règles. Non, un barman n'est pas uniquement à votre service. Oui, il existe des manières de demander les choses qui sont beaucoup plus polies que d'autres. Forcément, il y a une certaine complicité qui naît. Quand vous entrez dans un bar après votre service, vous balancez « Hey, je viens de finir de bosser, j'étais un peu plus haut dans la rue » et le barman répond généralement « Bah assieds-toi et prends un shot. »

Conséquence immédiate, les gens qui taffent dans la restauration ne sortent quasi exclusivement qu'avec des gens de cette industrie – ou des gens qu'ils croisent dans un bar ou un restaurant. J'ai eu une conversation avec mon psy récemment à ce sujet. Je lui ai dit : « Chaque mec avec qui j'ai couché ces quatre dernières années était un Narcisse en puissance doté d'un gros problème avec l'alcool ». Elle m'a demandé : « Pourquoi pensez-vous cela ? » Je lui ai répondu : « Parce que je n'ai baisé qu'avec des barmans. »

Bien sûr, tous les mecs avaient des problèmes différents. Ils étaient par exemple tous dépressifs et plus ou moins conscients de l'être.

Bien sûr, tous les mecs avaient des problèmes différents. Ils étaient tous dépressifs et plus ou moins conscients de l'être. Mais il y avait aussi un socle commun : ils étaient tous totalement à l'ouest.

Je ne veux pas parler pour les autres – je connais des gens qui sont particulièrement heureux en couple avec des barmans – mais j'ai l'impression d'avoir trouvé la clé de ces mecs-là. Et je pense simplement qu'à la longue, boire autant que les gens que je croise dans ce milieu a forcément un impact sur le corps et la santé mentale. Tout le monde se dit « C'est mon mode de vie aujourd'hui et bientôt, ça ne sera plus le cas », mais je n'ai encore vu personne faire le nécessaire pour changer.

Dans le quartier où j'avais l'habitude de bosser, je couchais avec le sous-chef, qui était aussi mon collègue, un mec qui bossait dans le restaurant en bas de la rue et le barman d'un autre restau dans le coin. Parfois, tous ces gars, qui ne savent même pas que vous les avez tous baisés, discutent entre eux et vous juste qu'une envie, c'est de clamser. J'ai d'ailleurs récemment décidé de changer de quartier.

Quand je sympathise avec les clients, c'est surtout parce que je sais que je vais me faire de la maille à la fin. Mais il m'arrive aussi de les apprécier vraiment – de temps en temps

C'est un endroit où l'on croise pas mal de personnes qui sont assez souvent seules et avec qui il est compliqué de mettre de la distance sans qu'elles le prennent mal. Parfois, vous arrivez seul parce que vous n'avez personne avec qui manger mais vous avez quand même besoin de parler avec quelqu'un. Perso, je n'ai jamais su comment dire « casse-toi » d'une façon qui n'est pas dévastatrice pour vous et qui n'hypothèque pas mes chances d'avoir de la thune à la fin de soirée pour payer mon assurance santé.

Quand je sympathise avec les clients, c'est surtout parce que je sais que je vais me faire de la maille à la fin de la transaction. Il m'arrive aussi de les apprécier vraiment – de temps en temps. Un professeur est venu tous les mercredis pendant une longue période – je dirais un an. Il s'asseyait au comptoir et commandait un sandwich. Je lui servais quelques bières et on traînait ensemble. Un jour, il est arrivé avec un sandwich, et il m'a demandé si je voulais qu'on sorte ensemble. On est allé en bas de la rue, on a pris quelques verres et on a fait l'amour.

La semaine d'après, il m'envoyait de très longs messages à propos du fait qu'il sortait d'une relation de six ans. Moi j'étais là : « Je ne te demande pas de t'installer avec ta brosse à dents. Je veux juste que tu me paies le dîner », mais il n'arrivait pas à se sortir la tête du cul et à choisir. Avant que les choses ne tournent vraiment mal, j'avais pourtant dit à un pote que j'avais l'impression d'avoir enfin trouvé un mec bien pour moi. On parlait littérature, cinéma et on se marrait bien. Mais mon pote m'avait averti : « Ce mec a juste envie de se taper la serveuse. Tu es un fantasme sur lequel il peut projeter ce qu'il veut. »

Il s'avère qu'il voulait juste niquer parce que j'étais la serveuse et qu'il avait un trou dans son emploi du temps le mercredi

Je pensais qu'il savait que j'étais la serveuse la plus charmante, la plus intelligente et la plus belle du monde, mais il s'avère qu'il voulait juste me niquer parce qu'il avait un trou dans son emploi du temps le mercredi.

C'est aussi pour ça que vous devez faire gaffe quand on vous dit « Hey, on va aller dans ce bar quand on aura fini ici. Tu devrais venir danser avec nous ». Ça a l'air génial comme ça mais en vrai, c'est comme si je continuais de bosser parce que je dois continuer à jouer les serveuses.

Quand je finis le taf, je vais prendre parfois un verre avec mes vrais amis. Il est arrivé que je sois incapable de parler pendant une heure. J'avais besoin d'une période de transition pour quitter le rôle de « ta serveuse préférée » validé par l'Actor's Studio et être vraiment authentique avec mes potes.

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Ça fait partie des aléas de la vie si vous ne sortez qu'avec des gens du milieu. Il y a toujours un moment où cette question se pose : « Quand est-ce qu'on est à nouveau nous-même ? ». On a tous conscience de ce qu'on fait et pourquoi on est bon dans ce domaine mais il y a aussi la phase : « Tu n'as pas écouté un mot de ce que je t'ai dit les trois derniers mois car tu es tellement investie dans ton rôle de serveuse ». C'est dur de vraiment connaître quelqu'un quand vous êtes toujours en représentation.

J'en suis arrivé à un moment de ma vie où je suis fatiguée et j'essaie de comprendre s'il y a la place d'évoluer dans ce métier. Si je vais pouvoir faire autre chose de moi que boire tout le temps et bosser à des heures où je ne peux pas voir d'autres personnes que celles qui ont le même taf que moi. Peut-être aller à la plage le week-end aussi par exemple.