Les concours de bouffe sont mortels (dans le sens littéral du terme)

Aux États-Unis, deux cas de décès par étouffement rappellent les risques inhérents à cette activité.

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12 avril 2017, 10:31am

Photo via Flickr user PaulSteinJC

Les concours de gros mangeurs sont une véritable institution aux États-Unis. Mais il va falloir arrêter de se voiler la face : c'est une activité à risques.

Il y a quelques semaines, deux personnes ont perdu la vie à moins de 24 heures d'intervalle lors de deux événements différents – une coïncidence d'autant plus tragique qu'elle est absurde. Les victimes sont mortes, étouffées. Une étudiante de 20 ans suite à l'ingestion de pancakes et un homme d'une quarantaine d'années du Colorado après avoir avalé des doughnuts.

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Caitlin Nelson, de la Sacred Heart University dans le Connecticut, est morte alors qu'elle participait à un concours de bouffe organisé par une sororité bien connue. Elle avait apparemment avalé quatre ou cinq pancakes quand elle a commencé à suffoquer. Caitlin souffrait aussi de plusieurs allergies mais l'on ne sait pas encore si c'est l'une d'entre elles qui a causé la détresse respiratoire. Elle était la fille d'un des officiers de police morts lors des attentats du 11 septembre.

Bob Kalamaras, lieutenant de police du Connecticut, commente ainsi la mort de la jeune fille pour Associated Press : « C'est un événement en apparence sympathique qui s'est transformé en drame. C'est juste un tragique accident ».

Les risques inhérents à cette pratique sont connus de tous et ne devraient même plus nous étonner

Un peu plus tôt, c'est Travis Malouff, 42 ans, qui succombait dans un magasin de doughnuts de Denver d'une « asphyxie due à l'obstruction des voies respiratoires », rapporte le médecin légiste de la police locale. Lui aussi était en plein concours.

Bon, il serait peut-être temps de se réveiller. Ça fait des décennies que les Américains élèvent ces compétitions de gros mangeurs au rang de « sport national », plein de pays leur ont emboîté le pas alors que les risques inhérents à cette pratique sont connus de tous et ne devraient même plus nous étonner.

Les concours – qu'il s'agisse de manger le plus possible, le plus vite ou d'en mettre le plus dans sa bouche sans avaler directement – ne sont pas sans danger. Surtout pour ceux qui s'y adonnent régulièrement. Il y a évidemment un risque d'obésité, de cholestérol et de problèmes de pression artérielle. Mais les participants peuvent également développer une gastroparésie (trouble de la vidange gastrique) – cela s'observe quand l'estomac est élargi au-delà de sa capacité normale. On peut également voir des perforations de l'estomac et des intoxications à l'eau (qui sert souvent de lubrifiant).

Manger un maximum pour tenter de gagner une compétition est un comportement autodestructeur en puissance

Une étude datant de 2007 et réalisée par l'école de médecine de l'Université de Pennsylvanie explique que « les champions de ces compétitions ont élargi leur estomac pour le transformer une sorte de grand sac inerte supportant des quantités énormes de nourritures ». Sympa. Les scientifiques ont conclu que « les mangeurs professionnels peuvent développer une obésité morbide, une gastroparésie importante, des nausées résistantes aux traitements. Dans certains cas, la gastrectomie est nécessaire. »

« Bien que la pratique soit de plus en plus populaire, manger un maximum pour tenter de gagner une compétition est un comportement autodestructeur en puissance », ajoute l'étude.

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Certains d'entre vous vont faire remarquer que ces deux pauvres individus n'étaient, ni l'un ni l'autre, de véritables mangeurs professionnels. Mais le risque d'étouffement existe pour tous les participants, pro ou pas.

Même en France, pays qui découvre progressivement cette pratique, l'étouffement à cause d'un aliment est l'une des premières causes de mort accidentelle – et faire des compétitions pour savoir qui est le plus glouton ne peut qu'en augmenter la fréquence. En mars, c'est une étudiante coréenne de 23 ans a été retrouvée morte dans les toilettes d'un lieu de vacances après avoir participé à un concours à base de tourte et de ramen. La liste des victimes est tristement longue.

Si ce genre de concours a l'air super fun, il y a un sacré revers de médaille et les récents événements laissent un goût sacrément amer.