Pourliche

Les « Millennials » sont nuls en pourboire

Parce qu'ils sont moins souvent contraints de regarder le serveur dans les yeux lorsqu'ils paient et que ce sont des grosses pinces.

Ian Burke

Pied de cochon au Pied de cochon. Photo de Jean-Baptiste Bonaventure. 

Comme le disait si bien Anthony Bourdain : « Si vous êtes rat sur les pourboires ou désagréable avec le serveur, vous êtes mort à mes yeux. Vous valez moins qu’une merde de baleine. » Les « millennials » lui doivent du coup un paquet d’excuses.

D’après une étude réalisée par CreditCards.com sur un panel de 1 000 personnes âgées de plus de 18 ans, la majorité des membres de la génération Y (soit l'ensemble des personnes nées entre 1980 et l'an 2000) laisse moins que les traditionnels 20 % de pourboire. 1 sur 10 ne lâche carrément pas un rond lorsqu’il mange dehors.

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Un constat particulièrement horrible si l’on considère que la plupart des serveurs aux States font leur beurre sur les pourliches ; entre 15 et 20 % de la facture totale selon les conventions – en France, tout le service est compris dans la note depuis 1984 mais que ça ne vous serve pas d'excuse.

« Le fait est que beaucoup de travailleurs comptent sur les pourboires qui constituent une part importante de leurs revenus », explique Matt Schulz, analyste principal de ce secteur pour CreditCards.com.

« Pour ces travailleurs, ce n’est pas juste une question d’usage ou de principes, c’est surtout de ce geste et de cet argent que dépend le fait de pouvoir nourrir plus ou moins convenablement leur propre famille. Mais de nombreux jeunes disent qu’ils préféreraient voir cette tradition du pourboire tomber dans l’oubli et payer leur repas un peu plus cher », ajoute l’expert.

Les convives sont de moins en moins souvent contraints de regarder le serveur dans les yeux lorsque celui-ci emporte un pourboire de grippe-sou

CreditCards.com a également découvert que, de manière générale, les personnes qui ont de plus hauts niveaux d’études et de revenus laissent de meilleurs pourboires que ceux dont le niveau d’études ou de revenus est inférieur ; les personnes âgées tendent à laisser de meilleurs pourboires que les jeunes, et les femmes laissent en moyenne 4 % de plus que les hommes.

L’étude attribue ce terrible phénomène aux nouveaux moyens de paiement en vigueur dans les restaurants depuis quelques années – entre autres – et à la réduction du nombre d’interactions humaines. Les établissements passent de plus en plus au paiement numérique, avec des tablettes par exemple, et les convives sont de moins en moins souvent contraints de regarder le serveur dans les yeux lorsque celui-ci emporte un pourboire de grippe-sou.

En d’autres termes, les représentants de la Génération Y ne vivent plus cet instant honteux qui consiste à dévoiler au reste du monde que l’on est un peu une pince en ne lâchant pas de blé.

Tout ce délire autour de l’absence de pourboire laisse un peu le même goût de gêne à l’égard de l’autre ressentie lors de la première scène du film Reservoir Dogs (visible ci-dessus) et les explications laborieuses de M. Pink pour ne pas donner de tips. On ne laisse pas un pourboire uniquement parce que c’est ce qu’il faut faire, non. On laisse un pourboire pour la qualité du service, de l’expérience. Du moins en principe.

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Vous êtes peut-être ce genre de personne qui pense que prendre les commandes de toute une tablée plus ou moins dissipée et amener les plats de la cuisine à la table est tout ce qu’il y a de plus simple (non) ou que la seule personne qui mérite vos pourboires est votre proctologue comme le bon Dwight de la série The Office.

En fait, si vous n’êtes pas d’accord avec ce concept, n’allez pas au restaurant. Faites-vous livrer de la bouffe à domicile par des gamins à vélo. Mais n’oubliez pas de donner un pourboire au livreur. Parce que si faire l’impasse sur un pourboire n’a rien d’illégal, ça fait quand même de vous un sacré trou du cul.


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US