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littérature

Comment nourrir une révolution

Un livre de recettes pratiques et militantes pour s'impliquer dans l'activisme politique en mangeant.

ParJulia Turshenpropos rapportés parAlex Swerdloff

Mon activisme est particulièrement lié à l'élection présidentielle américaine et à la nouvelle administration. Avant, j'avais le privilège de ne pas avoir besoin de m'impliquer. Je suis blanche et, dans ce pays, ça change tout. Mais je pense que j'ai toujours été animée d'un esprit communautaire – comme beaucoup de gens qui travaillent dans le milieu de la bouffe et autour. J'ai très vite compris comment la nourriture pouvait créer un fort sentiment de communauté.

Immédiatement après les élections, j'ai commencé à cuisiner des plats que je remettais à ma section de Citizen Action New York, une organisation populaire locale avec un certain nombre de bureaux dans l'état de New York. La première fois que je suis allé les voir, juste après le verdict des urnes, je cherchais surtout des conseils, une orientation. La responsable m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai répondu que je travaillais sur des bouquins de cuisine.

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Elle a dit : « Super, tu feras partie de l'équipe bouffe ». Je lui ai demandé à qui je devais faire un rapport et elle a dit: « C'est toi qui vas la lancer ». En fait, elle m'a ouvert les yeux et montré que je pouvais faire ce que je faisais de toute façon – bosser dans la bouffe – mais avec un vrai but et beaucoup plus de sens.

J'ai commencé à tendre la main à des gens – pas forcément des militants à plein temps, plutôt des personnes qui s'intéressent au travail accompli et qui veulent le soutenir. Pour chaque réunion passée, chaque séance de prospection téléphonique et chaque sondage effectué, on fournit un repas. Cette nourriture a plusieurs objectifs. Elle permet d'économiser pas mal de blé – Citizen Action peut compter sur le travail des bénévoles et n'a plus besoin de commander de la bouffe.

Elle est plus saine, ce qui est bon pour tout le monde. Elle est une source de motivation qui doit inciter les gens à se manifester. Et surtout, c'est un acte d'amour, une preuve de soutien pour toutes les personnes qui travaillent ici. L'activisme est présent dans la cuisine depuis un bon bout de temps – chaque génération a pu l'observer à l'intérieur des mouvements en faveur des droits civiques et humains.

J'ai aussi repensé ma propre cuisine. Quand je fais à manger pour ma famille et mes amis, de quoi parle-t-on ? Qu'est-ce qu'on bouffe réellement ? J'ai ouvert ma table à de nouvelles conversations – quelque chose que tout le monde est invité à faire. Puis je me suis dit que la meilleure manière de prolonger ce travail c'était d'en faire un livre – un truc que j'avais déjà l'habitude de faire. Pourquoi ne pas utiliser cette expérience pour faire partie d'un mouvement qui va de l'avant ?

À la base, Feeding the Resistance est un livre de recettes et d'idées pour vous aider à vous impliquer. Tout le contenu a été fait par moi ainsi qu'une vingtaine de contributeurs. Tous les bénéfices sont reversés à l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU). J'espère que le livre permettra aux lecteurs de réaliser quel genre d'activiste ils sont.

Toutes les recettes que j'ai créées sont destinées aux cuisiniers amateurs. Il s'agit de fabriquer de la nourriture « abordable », sans avoir recours à des ingrédients coûteux.

Écrire le livre a été comme une sorte de montagne russe. Entre le moment où j'ai eu l'idée et sa présence physique dans les rayons, il s'est écoulé moins d'un an. J'ai senti que le bouquin était le fruit d'un momentum. Il y a beaucoup de livres de cuisine qui prennent toute une vie à écrire. Mais il y en a aussi comme Feed the Resistance qui sont vraiment nés d'un instant T. Les personnes qui y ont contribué ont réagi avec bienveillance et ont été si généreuses avec leurs recettes, leurs textes et leurs réflexions. Ce livre est vraiment le résultat d'un effort fourni par une communauté.

Les auteurs des essais présents dans le livre sont un mélange de personnes que j'avais connues et aussi de personnes que je voulais mieux connaître. Jordyn Lexton, qui dirige le programme Drive Change, a rédigé un texte sur le lancement d'un programme de réinsertion par les foodtrucks. Ils forment d'anciens détenus, principalement des jeunes, à cuisiner et à interagir avec les consommateurs. C'est puissant.

Shakirah Simley a écrit une merveilleuse dissertation sur la façon dont la nourriture et l'activisme peuvent être liés. C'est aussi une histoire très personnelle à propos d'elle et de son frère – en gros, elle rumine sur la race et la bouffe. Mikki Halpin, qui a une newsletter appelée Tiny Letter, a contribué à un essai sur la durabilité de l'activisme. Il y a de l'émotionnel et du pratique. Un melting pot de tout.

Toutes les recettes que j'ai créées pour Feed the Resistance sont destinées aux cuisiniers amateurs - je ne vais pas vous obliger à faire les dix sauces qu'on trouve au restau. Il s'agit de fabriquer de la nourriture « abordable », sans avoir recours à des ingrédients coûteux. C'est de la bouffe très facile à partager, un autre de mes gros objectifs. La simplicité est toujours quelque chose à laquelle je pense, mais elle est encore plus importante dans ce livre.

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Mon vœu, c'est que les personnes qui achètent et lisent le bouquin s'impliquent également dans leurs communautés. Il y a tellement d'idées pratiques à l'intérieur que les recettes vous apprennent littéralement à vous engager. J'espère que ceux qui vont le lire prendront un peu de son contenu et s'en inspireront pour faire quelque chose.

Je dirais que travailler sur ce livre a complètement changé la vision de mon taf. Je pense que je ne pourrais jamais approcher quelque chose sans ce que j'ai appris en assemblant ce bouquin. On peut tout aborder par le prisme de la bouffe - politique incluse. Chaque décision que nous prenons sur la nourriture est d'ailleurs une décision politique. Je suis persuadée que comprendre cela nous permettra de réaliser notre pouvoir, en tant que consommateur et en tant que mouvement. Pour moi, c'est quelque chose de très puissant. Et ça me donne beaucoup d'espoir.