Le Français qui voulait remplacer le sucre comme par miracle

Guillaume Nordico commercialise une « baie miraculeuse » venue du Ghana et capable, selon lui, d'imiter la sensation de plaisir du sucre, sans en avoir les méfaits.

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mars 6 2018, 12:40pm

Photo : avec l'aimable autorisation de Guillaume Nordico.

Dans Sugarland, le documentaire sorti en France en janvier, le réalisateur australien Damon Gameau pourrit sa vie avec l’équivalent de 40 cuillères à café de sucre par jour, pendant deux mois. Il finit accro à la poudre blanche, les organes fatigués, avec 11 cm de tour de taille supplémentaire, la peau en détresse, et un prédiabète. Pire : au bout d’à peine trois semaines, l’Australien développe une stéatose hépatique, autrement dit un foie gras. Rien de surprenant lorsque l’on sait que l’OMS préconise de limiter sa consommation de sucre à 20 à 30 grammes par jour – quand en réalité, la moyenne de consommation atteint les 160 grammes quotidiens, la faute au sucre ajouté – et caché –, présent dans 80 à 90 % de nos aliments transformés (et surtout dans cette barre de müesli gluten free que vous avalez devant votre ordinateur au lieu d’aller déjeuner).

La baie du miracle, dans une plantation au Ghana.

Mais quand Guillaume Nordico, jeune diplômé de 22 ans, traîne sur Internet un soir de 2016, il n'a pas conscience de tout cela. Le Marseillais ne cherche pas particulièrement le fruit du futur, pourtant c’est ce sur quoi il va tomber, un peu par hasard. Au hasard de ses pérégrinations, Guillaume découvre l’existence d’une petite baie rouge qui pousse en Afrique et que certains ont surnommé « la baie du miracle ». Pour la bonne raison que cette petite chose jouit d’un goût très sucré, sans vous rendre gros et moche comme le sucre. Ni une ni deux, Guillaume enfile son chapeau d’aventurier et file au Ghana. Pour finalement devenir le seul revendeur de miracle de France.

Salut Guillaume, comment as-tu découvert la « baie du miracle » ?
Guillaume Nordico : Il y a deux ans quand j’ai eu fini mes études, je me suis intéressé au potentiel du territoire Africain en termes de ressources. Après quelques prises de contacts sur place, j’ai appris que dans certains petits villages du Ghana, il existait un fruit permettant de changer la perception du goût des aliments amers, acides et fades. On m’a dit que les villageois l’utilisaient en plus pour sucrer naturellement leur nourriture, sans aucun des effets secondaires du sucre que l’on connaît.

En quoi est-elle donc miraculeuse cette petite baie rouge ?
Elle permet d’obtenir les sensations de plaisir liées au sucre, sans ses méfaits (le diabète, la prise de poids, et tout ce dont on a entendu parler récemment). Elle adoucit les produits fades, annule l’acidité et l’amertume. Elle est naturelle, sans gluten, antioxydant, ce qui lui donne le potentiel d’améliorer notre façon de consommer, de cuisiner, et dans tout un tas d’autres domaines comme la médecine, les régimes, la perte de goût… J’ai trouvé ça complètement fou que si peu de gens n’en aient entendu parler en Europe. En plus, le synsepalum dulcificum, l’arbre producteur, peut se cultiver en pot en intérieur ou en serre chaude.

Et quel goût ça a ?
J’ai pu la goûter pour la première fois quand je me suis rendu au Ghana. On me l’a cueilli sur un arbre, comme ça, et j’ai d’abord essayé avec du citron. C’est vraiment bluffant, la façon dont la baie provoque une sensation de douceur, et un goût super-sucré, même avec du citron acide. Je l’ai ensuite goûté avec un wolof, un plat traditionnel local, et ça marche super-bien aussi. Ça m’a convaincu.

Comment s’est déroulé ce voyage d’expédition au Ghana ?
Au départ, je voulais y aller pour avoir la conscience tranquille. Je voulais pouvoir voir les cultures, regarder comment ça fonctionnait, les conditions de travail, et m’assurer qu’aucun enfant n’y travaillait, comme ça arrive parfois. J’ai rencontré un certain « Monsieur André » qui m’a fait visiter une serre. Là-bas, la baie en question est un fruit plutôt banal dans le sens où il est cueilli et consommé comme tel. Les plantations se situent tout autour des villages et sur le chemin de l’école, les enfants en récoltent quelques-unes pour le goûter ou pour relever un peu les plats de midi. Monsieur André m’a confié qu’il travaillait avec des entrepreneurs en Australie et en Suisse, où la baie est très demandée dans les boîtes de nuit pour sa capacité à adoucir la saveur de l’alcool. La négociation avec lui a été simple et rapide, je pense qu’il était vraiment impatient de bosser avec des clients européens car peu se sont déplacés pour le rencontrer. Avant de les ramener en France, on a quand même fait un test sur 426 pesticides, et comme tout est revenu négatif, on a pu les ramener !

À ton retour, tu as donc créé ta boîte, Wow Berry.
J’ai créé Wow Berry il y a un an, avec un peu de pub par-ci par-là. Il existe d’autres e-boutiques qui achètent la baie à l’étranger et la revendent en France, mais l’entreprise que j’ai créée à mon retour est la seule qui importe vraiment directement du Ghana, avec notre propre marque, notre propre packaging etc. Aujourd’hui, on a en moyenne 40 commandes par semaine. Pour l’instant, les baies sont sous forme déshydratée et sèche, mais à partir de fin février, je vais mettre en vente des baies séchées 100 % naturelles ayant le même aspect que du raisin sec. C’est un produit beaucoup plus noble, plus efficace et dont la consommation est plus facile que sous sa forme déshydratée.

Dans le contexte de l’après Sugarland, est-ce que tu penses que cette baie du miracle pourrait remplacer le sucre ?
Remplacer le sucre est un grand mot, il y a certains objectifs qu'on ne peut pas atteindre, mais je voudrais simplement atténuer sa consommation ce qui permettrait à la fois une alimentation plus saine, une réduction de l'obésité, et pourquoi pas faire retrouver les plaisirs du sucre aux diabétiques. On le voit dans Sugarland, qui est vraiment un documentaire exceptionnel qui devrait être mis en avant dans toutes les écoles, l’auteur montre bien que même avec une consommation relativement normale, le sucre est partout et ça le rend dangereux. C’est sûr qu’après avoir vu ce documentaire... la baie apparaît vraiment comme un miracle !

Merci Guillaume, et bonne chance !