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Sifflage de ballons chez les Mosse, vignerons nature de père en fils

Dans la vallée de la Loire se cache une belle colonie de vignerons natures. Parmi eux, la famille Mosse, arrivée dans les vignes sur le tard, réveille les vins du coin tout en respectant ses terres.

Alors que le vin d'Anjou rime parfois avec rosé facile-à-boire ou vin à-mal-de-crâne, le vignoble de la vallée de la Loire, terreau de vins natures – et auquel l'Anjou appartient –, se remet en question. Ici historiquement, il y a peu d'appellations prestigieuses et pour les vignerons, tout est à inventer. C'est justement ce que s'obstine à faire la famille Mosse, qui cultive ses vignes et vinifie depuis 1999.

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René Mosse, le père. Toutes les photos sont de l'auteur.

Chez eux, autour de la grande table familiale, René Mosse, le patriarche, trône avec une chemise de bûcheron et une casquette US. Il goûte les vins que son fils Joseph lui sert à l'aveugle et se contente de répondre à ses regards inquisiteurs par des « Ah bah, c'est bon ». Dans les verres que du bon, en effet, en provenance de leur propre domaine : un Savennières minéral (Arena 2013), un Anjou blanc corpulent (2009) et de l'anjou rouge (2007) oscillant entre rusticité et finesse. Les trois ont été sélectionnés et mis à température par Joseph, l'aîné.

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La famille Mosse au complet pendant la pause déjeuner.

Dans les pas de son père, c'est aux pieds que Joseph porte la culture US avec une belle paire de sneakers dont il fait la collection. Le petit frère Sylvestre clôt le défilé de mode avec un tee-shirt rouge floqué Run-DMC. La famille est simple, certains diront à la cool, à l'image de la mère au sourire accueillant. Seule femme du domaine, Agnès se charge de l'administratif, de la vente et du travail de viticulture. Ici, chacun a sa place mais sait se dédoubler car le couple Mosse a toujours tout fait à deux.

Aujourd'hui, du vin. Avant, de la vente de quilles.

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Dans leur autre vie, René et Agnès étaient cavistes à Tours. Il y avait quelques vins natures sur les rayons mais pas que… Et c'est vers cette philosophie-là que se sont tournés les Mosse quand ils ont décidé de plier boutique. René s'est formé aux côtés de vignerons natures du coin et chez des Bourguignons avant de plonger dans le grand bain. En 1999, Ils achètent un terrain dans les côteaux du Layon. Une terre pourrie à coups de pesticides et de désherbants, qu'il fallait faire revivre.

Les gamins sont allés se former ailleurs pour mieux revenir, l'Afrique du Sud pour le plus jeune et le Chili pour l'aîné. Les mêmes cépages que chez les parents – chenin et cabernet – mais sous des hémisphères différents.

À l'aide des principes glanés à droite à gauche, la terre renaît en bio. Plutôt que de désherber chimiquement, la famille use d'huile de coude pour aérer les sols. Elle conserve aussi quelques plantes dans les vignes. « On a trouvé de la ciboulette la dernière fois », sourit Joseph. Pour lutter contre les maladies, les Mosse empruntent à la biodynamie : préparations de plantes, bouse de corne et silice. Une philosophie résumée par René : « Bien cultiver la vigne et faire de beaux raisins qu'on retrouve dans nos vins. »

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Famille Mosse 4 Sylvestre, le benjamin, observe l'ampleur des dégâts après les gelées noires qui ont ravagé le vignoble.

Un mantra que les fils Mosse perpétuent car même si seuls les noms d'Agnès et René brillent sur les bouteilles, les gamins ont déjà emboité le pas. Un passage de relais avancé par les deux chutes du père qui ont laissé quelques traces.

René se souvient de ce que son plus jeune fils a répondu quand il lui a demandé pourquoi il voulait lui aussi choisir la viticulture : « Vous avez des copains, vous buvez des quilles et vous vous tapez dans le dos… Moi, ça me suffit ! » Alors les gamins sont allés se former ailleurs pour mieux revenir, l'Afrique du Sud pour le plus jeune (où la chaleur harassante l'a confiné à la cave) et le Chili pour l'aîné. Les mêmes cépages que chez les parents – chenin et cabernet – mais sous des hémisphères différents.

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Un bourgeon de chenin rabougri après le gel.

Depuis, selon Sylvestre, « la cave marche comme une grande équipe » avec les deux frères Mosse aux commandes. L'an dernier, ils ont fait leurs premières vinifications en suivant la recette des parents : pas de chaptalisation, pas d'enzymage, pas de levures exogènes, pas de transformateur de goût et peu de sulfites. Les raisins fermentent à leur rythme, avec leurs propres levures.

Résultat ? Des vins droits dans leurs bottes et en même temps vivants et plein d'émotion comme si le bien-être ambiant était lui aussi venu façonner les cuvées.

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Dégustation de "bonnes blanches 2015" dans la cave.

Cette année, les frérots continuent de respecter la formule Mosse mais laissent aussi de la place à l'expérimentation « pour s'amuser » : assemblage et macérations carboniques et semi-carboniques. Ils tâtonnent, testent, prennent du plaisir à créer leur cuvée.

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Les frères Mosse, ensemble à la vigne comme à la cave.

Moitié du temps à la cave, l'autre moitié dans la vigne. Ce jour-là, en ce début du mois de mai, quand ils arpentent leurs terrains de chaque côté du Layon, ils ne s'amusent plus tant que ça. Joseph et Sylvestre observent l'étendue des dégâts après les terribles « gelées noires » qui ont touché la Loire et la Bourgogne. Un gel insidieux qui se faufile la nuit dans les vignobles et qui laisse, après plusieurs jours successifs, des bourgeons brûlés, « comme si quelqu'un était passé avec un chalumeau », explique Sylvestre. Le bourgeon rabougri qu'il tient entre les doigts ne donnera rien, comme « 66 % du domaine », s'attriste le jeune vigneron, précis comme un mathématicien.

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Mais face à ces gelées noires, contrairement aux maladies, tous les vignerons sont logés à la même enseigne – qu'ils soient conventionnel, bio ou nature, comme les Mosse.