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Manger de la pizza déclenche les mêmes effets sur le cerveau que les opioïdes

Une découverte qui pourrait considérablement aider la recherche sur l'addiction, l'obésité, les troubles de l'alimentation.... et les rapports homme/pizza.

Nick Rose

Nick Rose

Photo via Flickr-gebruiker Caitlin Regan

Non, les opioïdes ne sont pas tous mauvais. Enfin, ne nous prenez pas au mot, il faut faire gaffe avec ces trucs-là quand même : certaines substances synthétiques, quand elles sont utilisées de manière récréationnelle, se sont avérées particulièrement dangereuses pour la santé – voire à l'origine d'une série d'overdoses à travers les États-Unis.

Par contre, les opioïdes produits naturellement par le corps – les peptides – rendent la vie beaucoup plus chouette. Ce sont eux qui répandent le plaisir dans notre système nerveux. Notre corps les délivrent quand on écoute de la musique, quand on baise ou... qu'on mange de la pizza.

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Tout ça pourrait paraître totalement anecdotique si, aujourd'hui, il n'y avait pas un peu de science pour soutenir ce raisonnement. Les chercheurs du PET Centre de Turku en Finlande ont tenté de comprendre les différents influx qui poussent tout un chacun à se resservir une part de pepperoni cheesy crust.

Selon un article publié dans la revue Journal of Neuroscience et baptisé « Feeding releases endogenous opioids in humans » (qu'on peut grossièrement traduire par « S'alimenter libère des opioïdes endogènes chez les humains »), manger entraîne la circulation d'une « quantité significative » d'opioïdes dans le cerveau.

Cette découverte n'est pas une révolution dans le monde scientifique mais l'étude est bien plus intéressante quand on en vient à la pizza.

Les chercheurs ont injecté aux participants de l'étude un produit radioactif qui, une fois attaché aux récepteurs opiacés, permet de mesurer le niveau d'opioïdes grâce à la tomographie par émission de positons (PET). Les caméras ont observé ces taux à trois moments différents : après une nuit de jeûne, après absorption d'une boisson nutritionnelle à haute teneur en calories et après la dégustation d'une pizza. Et pas n'importe laquelle.

L'équipe de scientifiques précise que la pizza était « délicieuse » et qu'elle avait été sélectionnée pour déclencher justement la libération d'opioïdes dans le cerveau – ce qui a fonctionné. Après avoir étudié plusieurs résultats, les chercheurs ont conclu que « manger une excellente pizza a entraîné l'augmentation significative du plaisir » comparé à la boisson nutritionnelle. Encore une fois, rien de vraiment choquant.

Ce qui a surpris tout le monde par contre, c'est qu'il y avait plus d'opioïdes libérés après la boisson nutritionnelle que la pizza. Un résultat qui suggère que le fait de manger déclenche automatiquement la libération d'opioïdes « même en l'absence de plaisir subjectif associé à cette consommation ». En d'autres termes, manger libère des opioïdes (comme les endorphines), que votre bouffe soit fantastique ou non. Une assertion qui paraît un peu banale mais qui pourrait avoir un gros impact sur l'étude des troubles de l'alimentation.

Graphic courtesy of Turku PET Centre.

« C'était une surprise d'observer des endorphines libérées partout dans le cerveau et de constater que la boisson avait un impact plus important », a souligné Jetro Tuulari, un des chercheurs, dans un communiqué de presse. « Cela crée un précédent pour de futures recherches. On espère trouver un moyen d'étudier le développement et les indicateurs de l'addiction, de l'obésité et des troubles de l'alimentation. »

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« Le système opioïde régule l'appétit et l'alimentation. On a déjà isolé le fait que ses dysfonctionnements sont un des symptômes de l'obésité morbide », ajoute un co-auteur Lauri Nummenmaa. « Le résultat actuel montre que trop manger peut continuellement stimuler le système opioïde. Et contribuer directement au développement de l'obésité. Ces découvertes ouvrent d'autres perspectives pour traiter la surconsommation et le développement de l'obésité. »

Paralyser certains récepteurs opiacés permettrait d'arrêter d'aimer des chansons et donc d'oublier l'air de Despacito. Qui sait, peut-être que ce sera bientôt pareil avec votre pizza préférée ?