La bière à 55° et à 20 000 balles que l'on boit dans un écureuil empaillé

Brasseur chez BrewDog, James Watt raconte la genèse de l'End of History, bière bien charpentée dont les bouteilles sont servies dans des cadavres de rongeurs.

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sept. 6 2016, 8:00am

Foto mit freundlicher Genehmigung von BrewDog

Début septembre, l'Etat de l'Ohio a finalement écouté son cœur et aboli la limite de 12% d'alcool pour la bière. Quoi de mieux, pour fêter cette décision, que de noyer son bonheur dans le houblon en se payant une bouteille de bière ultra-alcoolisée vendue dans un écrin en écureuil empaillé ?

BrewDog, la brasserie artisanale écossaise qui n'en loupe pas une pour se faire remarquer, a annoncé la mise en vente sur le marché américain d'une bière titrant 55 % de volume d'alcool. Baptisée End of History – « Fin de l'histoire » –, elle a été produite dans la brasserie de 10 000 m2 qui s'apprête à ouvrir juste en dehors de Columbus, capitale de l'Ohio.

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La End of History est la troisième bière ultra-forte commercialisée par BrewDog. Avec cette édition, ils battent tous leurs précédents records puisque Sink The Bismarck titrait 41 % et Tactical Nuclear Penguin n'en affichait que 32 %. C'est en 2010 que la End of History a vu le jour au Royaume-Uni. À l'époque, la douzaine de bouteilles « taxidermisées » avec des écureuils et des hermines s'était vendue en l'espace d'un instant.

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Si vous voulez mettre la main sur une des bouteilles et son cadavre de Spip, il vous faudra un compte en banque aussi chargé que la bière. Seulement dix exemplaires vont sortir de la brasserie et pour avoir une chance d'en obtenir un, il faudra donner au moins 20 000 dollars (soit un peu moins de 18 000 euros) pour le projet de crowdfunding de BrewDog : « Equity for Punks USA ». Ils ont déjà réussi à récolter plus de 33 millions de $ répartis sur quatre campagnes – un montant qui fait plaisir et qui correspond aux dons de 46 000 personnes dans le monde.

MUNCHIES est donc allé discuter bière, punk et taxidermie avec James Watt, l'un des fondateurs de BrewDog.

MUNCHIES : La End of History est la troisième bière avec un degré d'alcool super élevé que BrewDog brasse. Comment faites-vous pour réussir à aller toujours plus loin ? James Watt : On adore déconstruire les préjugés sur la bière et comment elle doit être servie. Les gens sont conditionnés pour penser que la bière se boit dans une chope et qu'elle est généralement produite par une grosse multinationale. Nous voulons sortir de ce schéma.

Il y a un marché pour ce genre de bières ? La demande dépasse notre offre. Des deux côtés de l'océan, la communauté de fans de houblon ne cesse d'augmenter. En ce moment même, tout le paysage de la bière évolue de manière radicale. Le but recherché n'est pas seulement de déguster de bonnes petites binouzes, c'est aussi de repousser toujours plus loin les limites de la production et le degré d'alcool.

Comment brassez-vous une bière comme la End of History ? La bière prend sept mois à être brassée. Nous utilisons la technique de la solidification fractionnée. On gèle la bière à - 40 °C pendant plusieurs mois. Ensuite, on élimine le glaçon et on conserve le liquide concentré, soit l'alcool mais aussi les saveurs et les arômes.

En quoi la concentration affecte le goût ? Ça le rend très intense. Cette bière se sirote comme on peut siroter un bon Scotch ou un Bourbon. Et puis, avec 55 % d'alcool, c'est bien chargé.

Photo courtesy of Brewdog.

Photo avec l'aimable autorisation de Brewdog.

Une bière qui fait plus office de digestif, donc. Penses-vous que c'est le prix, l'originalité ou le goût de la bière qui attirera les acheteurs ? C'est de goûter un alcool exceptionnel qui importe. Prenez un whisky classique, distillé à chaud, il est le résultat d'un procédé qui utilise la vaporisation et la purification. Nous, avec la solidification fractionnée, nous proposons une technique relativement innovante. Ce que vous allez goûter est beaucoup plus dense en saveurs. Son parfum est profond et sa présence en bouche est très différente d'un autre alcool pourtant aussi fort.

Combien de bouteilles allez-vous sortir ? Comme la préparation dure sept mois, on s'arrête à dix bouteilles. C'est pour ça qu'il sera assez difficile de s'en procurer.

Au Royaume-Uni, vous en aviez vendu douze bouteilles. Exact. On les avait toutes vendues à 700 £ (836 €) en vingt minutes.

Pourquoi les bouteilles vendues aux États-Unis coûteront 20 000 $ ? Il faut voir ça comme un investissement dans notre compagnie. La bière elle-même ne coûte pas 20 000 $ mais on l'offre seulement à ceux qui investiront cette somme dans Equity for Punks USA.

Pourquoi choisir la ville de Columbus pour vous implanter aux États-Unis ? On aimait bien cette ville, ses habitants et son ambiance. À l'Est et à l'Ouest, il y a déjà plein de brasseries qui font ce que l'on fait, alors l'Ohio nous a paru être une bonne opportunité.

Pourquoi des écureuils empaillés ? Nous voulions quelque chose d'à la fois beau et étrange. Un truc qui en impose et qui ferait s'arrêter les gens pour réfléchir autour d'une bière.

Est-ce que vous travaillez avec un taxidermiste qui prend soin de sourcer localement tous les écureuils utilisés ? Effectivement. On est très proche de lui.

Cette interview a été éditée pour plus de clarté et de concision.