Soleil, vitamines et gros rouleaux : le régime des surfeurs pros

Contrairement aux autres catégories d’athlètes, les surfeurs professionnels ne font pas si gaffe à ce qu’ils mangent ni à la manière dont ils s’entraînent.

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10 mai 2016, 4:09am

Peut-être est-ce parce qu'ils ont toujours la peau bronzée et les cheveux blondis par le soleil, mais force est de constater que les surfeurs pros donnent toujours l'impression d'être en putain de bonne santé. Cette forme insolente m'obsédait un peu et il fallait vraiment que je perce leurs secrets : en gros, comment faisaient-ils pour être aussi affûtés dans leurs combis moulantes pendant que sur la plage, le reste d'entre nous – où est ce que c'est seulement moi ? – est condamné à ressembler à un gros gigot saucissonné.

J'ai passé un peu de temps à discuter avec quatre des plus grands noms du surf californien et il en ressort qu'en fait, contrairement aux autres catégories d'athlètes, les surfeurs professionnels ne font pas si gaffe à ce qu'ils mangent ni à la manière dont ils s'entraînent.

« En gros, j'écoute ce que mon corps me dit », explique Conner Coffin, dans le jardin idyllique de sa maison de famille, à Santa Barbara – sérieux, il y a des papillons qui volent tout autour de nous alors que nous parlons.

Conner Coffin est un nouveau venu dans le Championship Tour de la World Surf League's (WSL) – l'équivalent de la coupe du monde de surf lors de laquelle les 34 meilleurs surfeurs se mesurent les uns aux autres dans 11 lieux différents aux quatre coins de la planète. Au moment de la publication de cet article, Coffin était classé numéro 2 mondial.

Coffin in front of his grandmother's Santa Barbara garden. Photo by Natalie B. Compton.

Conner Coffin dans le jardin de sa grand-mère. Photo de l'auteur.

Conner essaie de bannir le gluten et les laitages de son alimentation pour leur préférer la viande cuite au barbecue et les légumes de son jardin : « Quand c'est la saison, j'aime cuisiner et manger des légumes de mon potager. J'ai des phases où je me fais des smoothies de légumes tous les matins, j'aime vraiment ça. »

Courtney Conlogue raffole elle aussi des smoothies de légumes. Originaire de Santa Ana, elle participe à la version féminine du Championship Tour, dans laquelle les 16 meilleures surfeuses du monde s'affrontent au cours de 10 événements dans l'année (elle est classée numéro 1 à ce jour).

« La santé est quelque chose de très important pour moi, explique d'abord Courtney dans nos échanges de mails. Bien sûr, ce que je mange a un effet direct sur la manière dont je me sens, mes performances, ma concentration, mon entraînement, mon niveau d'énergie, mon sommeil et ma qualité de vie. »

Conlogue catches a barrel, photo courtesy of Billabong.

Conlogue dans un rouleau. Photo courtesy : Billabong.

Le régime alimentaire de Courtney ne se traduit pas par un décompte systématique des calories ni par une succession d'interdits dans tous les sens. Par exemple, elle aime beaucoup les légumes vapeur, mais mange aussi des pâtes.

« J'aime manger plein de trucs différents et je ne me restreins pas trop. »

Bon, on aurait pu s'en douter, mais aucun des surfeurs que j'ai rencontré ne mange fast-food.

« Quand je surfe beaucoup, j'évite tous les aliments transformés. Mais cela ne m'empêche pas de manger énormément. Je suis comme un puits sans fond », m'avoue Nathan Yeomans au téléphone. Nathan est un habitué du circuit professionnel et vit à San Clémente avec sa femme et ses deux enfants.

« Après une longue journée de surf, la dernière chose dont j'ai envie, c'est d'aller me chercher un Del Taco [une chaîne de fast food américaine spécialisée dans la cuisine mexicaine]. »

One of Moniz's go-to dishes at The Source Cafe in Hermosa Beach. Photo by Natalie B. Compton.

La tendance à l'alimentation saine se confirme dans la bouche de Kelia Moniz, rencontrée dans un café à quelques pâtés de maison de sa maison de Hermosa, à Los Angeles. Elle commande une frittata et moi, l'un de ses plats favoris : un toast à l'avocat avec de la pâte de noix de cajou, des radis et du persil, le tout arrosé d'huile de lin, de sel de mer celtique et de poudre de sumac (un condiment originaire du Moyen-Orient).

Kelia Moniz est née et a grandi à Hawaï dans une famille de surfeurs. Elle est double championne de longboard à l'ASP (l'ancien nom de la WSL), un titre que l'on obtient en une seule épreuve qui a lieu chaque année en décembre à Hainan, en Chine.

« Il n'y a pas de compétition pendant toute l'année et puis d'un coup il faut se réveiller et il faut tout donner – on a qu'une chance de réussir, dit Kelia à propos de l'épreuve. C'est tellement facile de se foirer en surf. C'est très facile de stresser ou de se planter de vague. »

_I do eat whatever I want, but I do it in moderation,_ Moniz said of her diet. Photo by Natalie B. Compton.

« Je mange tout ce que je veux, mais je le mange avec modération » : Kelia à propos de son régime. Photo de l'auteur.

À cause d'un sale accident aux Maldives, Kelia n'a pas pu participer à la compétition de 2015. Elle continue à surfer professionnellement, bien qu'elle n'ait plus les mêmes capacités. Elle fait partie de la Roxy Surf team, un rôle qui demande de nombreux shoots photo autour du monde pour alimenter la marque en contenu.

« Il y a des jours où je me dis : ''stop, calme-toi sur les cookies.'' Tout est une question de modération. » Quand je lui demande comment elle se prépare pour les shoots photo, elle me répond de manière assez sincère : « Pour être honnête, j'essaye de rester stable, c'est tout. Quand je suis heureuse et que je me sens bien, cela a plus d'impact sur mon physique que tout le reste. J'essaye de ne faire que des choses qui me rendent vraiment heureuse. »

Surfer pour Instagram plutôt que pour des titres de championnat, ce n'est pourtant pas toujours rose. Kelia accepte parfois des challenges musclés, comme celui de rider une vague de 4,5 mètres aux îles Fiji, même si ça doit se terminer par grosse blessure après une chute dans les rochers.

Moniz is a fan of muay Thai, pilates, and plyometrics outside of surfing. Photo by Natalie B. Compton.

Pouvoir goûter à la cuisine du monde entier est l'un des plus gros avantages de la vie de surfeur professionnel.

« C'est clairement un des gros plus dans le fait de voyager partout, explique Kelia. J'aime beaucoup les pays dans lesquels je voyage et j'essaye autant que possible de manger local. »

« La cuisine japonaise est vraiment ma préférée, dit Kelia. J'ai grandi en mangeant de la nourriture japonaise authentique. Du coup quand j'y vais, j'adore me goinfrer de trucs bizarres. »

Mais toutes les destinations n'offrent pas la même sorte de bonheur culinaire. Et apparemment, le pays le plus difficile pour les athlètes est plus proche de chez eux que ce que l'on pourrait croire.

« Les États-Unis, c'est l'un des pays où c'est le plus difficile de bien manger », nous avait prévenu Nathan Yeomans. Une impression partagée par Kelia.

« Plus tu vas dans une petite ville des États-Unis, plus c'est difficile de trouver de la nourriture saine, a remarqué Kelia. Une fois on a dû s'arrêter pour prendre de l'essence dans une petite ville et il n'y avait littéralement que des fast-foods. »

Du coup, ils essayent de trouver des alternatives. Par exemple, Conner Coffin ne mange quasiment que des barres énergétiques quand il est en voyage.

« Manger, c'est souvent le plus compliqué. Tu peux t'étirer partout, tu peux emmener ton tapis de yoga, et soulager tes douleurs musculaires, énumère-t-il. Mais à certains endroits, c'est vraiment dur de trouver de la bonne bouffe. Particulièrement dans les aéroports. Je finis par avoir tellement faim que je mange n'importe quoi. »

Coffin's surf schedule jumps from Australia to Rio to Fiji, with brief stops at home in between. Photo by Natalie B. Compton.

Conner Coffin passe de l'Australie à Rio puis aux îles Fiji, avec seulement quelques jours chez lui entre ses voyages. Photo de l'auteur.

En plus de respecter des bases simples comme éviter de manger des aliments crus dans les régions les moins développées, Conner emmène quelques produits naturels pour éviter de tomber malade.

« Je me suis aperçu que le charbon marchait bien pour les problèmes d'estomac. L'extrait de pépins de raisin, lui, est assez efficace pour renforcer ton système immunitaire.

Courtney Conlogue et Nathan Yeomans ont la même technique : ils prennent tous les deux des compléments naturels quand ils voyagent.

« Il paraît que ça aide à renforcer le système immunitaire, croit savoir Nathan en parlant de ses vitamines. Avec tous les avions que je prends, et le changement continuel de fuseau horaire, je suis quand même moins malade qu'avant. »

Quand les vagues sont là, les surfeurs restent dans l'eau pendant des heures. Nathan Yeomans se souvient d'un jour à Kirra – un spot australien réputé pour être l'un des meilleurs au monde – où il a surfé pendant si longtemps qu'il s'est tordu le dos de fatigue.

Coffin in his element. Photo courtesy of Hunter Martinez.

Coffin dans son élément. Photo courtesy : Hunter Martinez.

Mais aujourd'hui, les surfeurs s'entraînent de plus en plus hors de l'eau.

« Il y a plein d'exercices différents qui me font kiffer quand je m'entraîne hors de l'eau, dit Kelia. S'entraîner hors de la mer permet aussi de casser la monotonie et de garder les choses intéressantes, nouvelles, drôles et dynamiques. »

Une partie de l'entraînement de Kelia consiste par exemple à se rendre au centre « Extreme Athletics » à Costa Mesa, en Californie.

« Suivre un entraînement de surf compétitif est de plus en plus à la mode », me confie le patron et cofondateur du lieu, Paul Norris, au téléphone.

« Quand j'ai commencé à entraîner les surfeurs il y a dix ans, tout le monde pensait qu'être dans l'eau était la meilleure chose à faire pour s'entraîner à surfer. Ce n'était pas un sport traditionnel, alors que pour le baseball, le basket et le foot, les gens s'entraînent depuis des années. »

Le fait que les vagues soient toujours changeantes implique que les surfeurs doivent mobiliser beaucoup de muscles différents. Paul Norris, qui est lui-même surfeur, concentre ses exercices sur la stabilité et l'équilibre, en portant une attention particulière aux abdos, aux articulations, au bas du dos et aux genoux. Il utilise, en plus d'exercices de muscu, des instruments comme l'indo board (une sorte de planche sur un cylindre pour travailler l'équilibre), un BOSU (une demi-sphère qui permet aussi de faire des exercices d'équilibre) ou encore des sangles de muscu.

Conlogue paddles out, photo courtesy of Billabong.

Courtney Conlogueen train de ramer, photo courtesy : Billabong.

« Quand on réfléchit à la dynamique de ce sport, on voit bien que les surfeurs doivent être forts et énergiques dans le bas de leur corps, moins que dans le haut, mais qu'ils ont besoin d'être flexibles et mobiles. »

Nathan Yeomans se rend régulièrement chez son kiné, qui le fait travailler selon des entraînements mélangeant le yoga, le pilates et des exercices de plyométrie pour prévenir d'éventuelles blessures.

« Je pense que pour être surfeur il faut être fort, mais il faut aussi pouvoir être flexible et agile, me dit Nathan. Il faut pouvoir être léger sur la vague. »

Kelia Moniz, elle, préfère des activités plus intenses comme le Muay-Thai et du coaching personnel inspiré du CrossFit pour rester forte et éliminer ses plats de confort food préférés comme le « glazed Spam » avec du riz (une conserve de porc iconique aux États-Unis).

« M'entraîner fait partie des choses que je dois faire, mais honnêtement, c'est aussi très agréable.

Il faut prendre soin de son corps. »

Au final, il n'y a pas de formule magique pour garder un athlète en bonne forme. Non seulement ils passent des heures à ramer contre les courants marins, mais ils font aussi attention à ce qu'ils mangent : un truc que nous sommes tous supposés faire, en fait. Donc si cet été, vous voulez être aussi gaulés que des surfeurs pros, suivez leurs conseils.