On est allé parler à la créatrice de la « gaufre-falafel »

Dans son restau de Tel Aviv, Tali sert une gaufre « belge » faite de pois chiches, découpée comme un pain pita et blindée de légumes.

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15 janvier 2019, 3:55pm

© Elisabeth Debourse

Devant un cronut, un cragel ou un sushi-burrito, le monde se divise en deux catégories : les gens qui sont d’avance acquis à la cause et les sceptiques – généralement de la même famille que ceux qui s’arrachent cheveux et ongles à la simple mention d’une pizza à l'ananas.

Quel intérêt gustatif y aurait-il à manger un ramen saupoudré de spéculoos ? Aucun, si ce n’est la perspective qu’à un moment, une de ces inventions dignes de Frankenstein mène à une créature culinaire qui tiendrait plus du sublime que de la tendance.

Prenez la gaufre : une spécialité sucrée que le monde entier envie à la Belgique. Elle est la base de croisements toujours réussis. Impossible d’oublier ces vacances où une grand-mère au fort accent m’a tendu une gaufre aux lardons ou la première fois que mes yeux se sont posé sur une assiette de « chicken & waffles » — l’union sacrée du gras, du sucré et du poulet.

Contre l’équivalent en shekel de 7 euros, ils y servent une gaufre « belge » faite de pois chiches, découpée comme un pain pita et bourrée d’une crème de sésame et de légumes.

Pas étonnant que tous les voyants se soient donc allumés quand j’ai entendu parler des gaufres-falafels de Tali Shem Tov et de son mari Almog. Ce couple d’Israéliens a ouvert il y a quelques semaines Belgian Falafel, un snack dans la banlieue de Tel-Aviv, à Rishon LeZion.

Contre l’équivalent en shekel de 7 euros, ils y servent une gaufre « belge » faite de pois chiches, découpée comme un pain pita et bourrée d’une crème de sésame et de légumes. Pour les vegans ou n'importe quel individu doté d’un appareil digestif, ça ressemble au paradis dans un gaufrier.

J’ai donc demandé à Tali quel message divin avait-elle reçu pour finir par accoucher de ce concept. La vérité, c’est qu’on aurait probablement dû y penser avant. Mais puisque des falafels anversois ont été élus les meilleurs du monde, on va dire que c’est de bonne guerre.

Gaufre Falafel Tel Aviv 1

VICE : Bon sang Tali, pourquoi ce n’est pas la Belgique, la mère-patrie des gaufres qui a inventé ce snack ?
Tali :
Pourquoi vous n’y avez pas pensé ? Tout simplement parce que l’ingrédient principal est la star d’une préparation juive ! Les falafels font partie de la bouffe de rue qu’on retrouve traditionnellement ici, en Israël. C’est frit, donc c’est plutôt de la fast food, à la base. Ce qu’on en a fait, c’est la transformer en plat sain et rapide, plein de protéines, sans huile et sans gluten.

Qu’est-ce qu’il y a, au juste, dans vos « gaufres - falafels » ?
Honnêtement, les ingrédients sont quasiment les mêmes que dans des falafels classiques. Un mélange à base de pois chiches, d'ail, de persil et d’épices. D’habitude, on les sert dans un pain pita. Sauf qu’ici, c’est le falafel lui-même, sous forme de gaufre, qui fait office de contenant.

Une nuit, mon mari Almog a rêvé de ces gaufres-falafels qu’on ouvrirait comme un pain. Dès le lendemain matin, j’ai commencé à travailler sur la préparation de la pâte. Ça nous a pris littéralement six mois pour parvenir à la rendre parfaite, avec chaque ingrédient présent dans ses proportions idéales. Il fallait que ce soit bon, mais aussi que ça tienne, parce que vous imaginez bien qu’on ne transforme pas un falafel en gaufre du jour au lendemain.

Qu’est-ce qui vous a poussé à donner vie à ce rêve ?
Mon mari et moi, on est complètement accros aux falafels. Sauf qu’on se considère aussi comme de vrais « clean eaters » : on est vegans, on fait pas mal de sport et on mange super sainement. On a toujours voulu ouvrir une petite adresse de restauration rapide, mais on la voulait en accord avec nos principes de vie. C’est le cas de ces gaufres-falafels, qu’on pourrait vraiment manger tous les jours.

Gaufre Falafel Tel Aviv 2

Vous avez déjà goûté une gaufre belge ?
Évidemment que j’en ai déjà goûtées ! Ici en Israël, chaque glacier, chaque restaurant sert des gaufres belges en dessert. C’est vraiment très populaire, tout le monde en mange. Ça a toujours fait partie de notre culture, depuis que je suis petite au moins. Ça n’a rien de « tendance », ça fait bien longtemps qu’on en cuisine. Quasiment tout le monde ici a une « machine à gaufres belges » chez soi.

« On l’a fait en pensant petit. La vérité, c’est qu’on ne s’attendait pas à ce que ça devienne l’un des snacks les plus connus du pays. »

Est-ce que certains vous prennent pour une vraie Belge avec un tel concept ?
Pas vraiment. On est né ici et on y a vécu toute notre vie. Dans le quartier, on nous connaît : mon mari a un studio de tatouage depuis douze ans. Par contre, on n’avait rien à voir avec la scène food du coin. C’est la première fois qu’on ouvre un restaurant, et honnêtement, on l’a fait en « pensant petit ». Une adresse où je travaillerais, à cinq minutes de chez nous et tout près de l’école des enfants. La vérité, c’est qu’on ne s’attendait pas à ce que ça devienne l’un des snacks les plus connus du pays.

Gaufre Falafel Tel Aviv 3

Vous avez fait quelle tête quand vous avez vu pour la première fois cette queue devant le restaurant ?
Je ne m’y attendais pas du tout, très franchement. C’était la première semaine d'ouverture du restaurant et on pensait la jouer tranquille. Tout n’était pas prêt, on devait encore terminer de peindre, d’accrocher les photos du menu… Mais dès le premier jour, ça a été la cohue. C’était une vraie maison de fou. La file était sans fin, tout le monde voulait voir et goûter ce dont les gens parlaient.

Aujourd’hui, ça marche toujours du tonnerre, mais pas comme au premier jour - et heureusement. On reçoit aussi des appels d’autres pays, qui veulent ouvrir des franchises : en Australie, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, aux États-Unis ; partout ! Récemment, c’est à Chicago qu’on nous a demandé de nous installer. Et on a déjà vendu une franchise à Tel-Aviv.

Et la Belgique, c’est pour quand ?
Quand vous voulez ! Si quelqu’un est intéressé en Belgique, il n’a qu’à nous contacter. Ça serait un vrai rêve d’importer nos « gaufres-falafels » chez vous.


Cet article a été préalablement publié sur VICE BELGIQUE

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