À Shanghai, les triades contrôlent secrètement les restos de nouilles au bœuf

Et un mystérieux traité stipule que personne ne peut ouvrir de resto de soupe de nouilles au bœuf à moins de 400 mètres d’un autre resto de nouilles au bœuf.

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août 1 2016, 10:00am

Photo via Flickr user Charles Haynes

Les « Lanzhou Lamian », des nouilles étirées à la main et servies dans un bouillon riche en bœuf, sont méga populaires en Chine. Tellement populaire que ce plat a sa propre mafia, notamment chargée de faire respecter un code tacite vieux de plusieurs décennies.

Et si vous ne le respectez pas, vous risquez de morfler.

Xian en a récemment fait l'expérience. Ce restaurateur a ouvert début juillet Alilan Beef Noodles, une adresse de Lanzhou Lamian à Shanghai. Selon le site Shanghaiist, Xian appartient à l'ethnie musulmane des Hui, originaire de la province de Gansu. Son resto propose une version halal des fameuses soupes de nouilles au bœuf. Mais Xian a été forcé de modifier le nom de son enseigne après avoir été harcelé par la concurrence.

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Xian a d'abord été accusé de ne pas respecter le fameux code des restos de Lanzhou Lamian du coin. Selon les termes du traité « Shaanxi-Gansu-Ningxia », personne ne peut ouvrir un resto de nouilles au bœuf à moins de 400 mètres de distance d'un autre resto de nouilles au bœuf. Xian a rompu cet accord sacré et s'est vite rendu compte que ce n'était pas le truc à faire.

D'abord, un groupe d'environ 100 personnes s'est présenté. Ils ont prétendu faire partie du syndicat des restaurants de Lanzhou lamian et ont entouré son resto. Ensuite, la foule a empêché les clients d'entrer chez Xian, avant de péter les tables et de menacer de tuer sa famille. Finalement, ils ont dit à Xian qu'ils lui donneraient 300 000 yuans (plus de 40 000 euros) s'il fermait son resto.

Même si le code officieux n'est pas valable devant un tribunal, c'est le sacro-saint des textes pour la mafia des soupes de nouilles au bœuf qui possède des adresses à Shanghai. Ils ont notamment harcelé Xian, allant jusqu'à lancer la rumeur qu'il n'était pas vraiment musulman et qu'il ne pouvait donc pas diriger un resto halal.

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Le 19 juillet, les deux partis sont parvenus à trouver un accord après une médiation organisée au poste de police local. Étaient réunis plusieurs représentants du Comité des affaires religieuses et ethniques, des fonctionnaires des provinces de Qinghai et Gansu ainsi que plusieurs propriétaires de restos de nouilles au bœuf.

Le résultat final : Xian peut garder son business pour lequel il s'est endetté et a hypothéqué sa maison. Il doit néanmoins enlever le terme « halal » et le mot « bœuf » de sa devanture. Si vous voulez vous lancer dans la soupe de nouilles au bœuf, vous êtes prévenus. La recette a ses propres gangsters et son code de conduite.